Après la démission d’Ilyas El Omari : Vers une union RNI-PAM




Ilias El Omari, secrétaire général du PAM a présenté sa démission de cette charge lundi 7 août 2017. Il a donné des explications lors d’une conférence de presse le lendemain mardi 8 août. Pour lui, il s’agit d’une décision personnelle. Cette version est-elle recevable ? On peut en douter pour plusieurs raisons. La première c’est que M. El Omari, par tempérament, n’est pas quelqu’un qui baisse les bras, se retire, quitte les siens pour décrocher de la vie politique.

Sa démission signifie l’échec d’un homme mais aussi l’échec de son parti, le PAM. Ce parti a certes amélioré son score lors des législatives du 7 octobre 2016 passant de 46 à 102 sièges, mais il est arrivé deuxième loin derrière le PJD, lui-même a amélioré son score passant de 107 à 125 sièges. Un autre échec regarde le remue-ménage qui a marqué, au mois d’octobre 2016, le RNI. Le 12 octobre, en effet, Aziz Akhannouch est désigné pour le poste de président par intérim avant d’être investi par un congrès extraordinaire, le 29 du même mois. Le même Akhannouch avait pourtant quitté le RNI le 2 janvier 2012 et même la vie politique en mai 2016.

Vocation gouvernementale

Cela veut dire quoi ? que le RNI d’Aziz Akhannouch allait substituer le PAM dans son opposition à M. Benkirane et au PJD et qu’il allait œuvrer pour cadrer et rétrécir au maximum la place de la formation islamiste dans l’optique d’une nouvelle majorité. C’est ce qui s’est passé d’ailleurs. Un troisième échec a pratiquement achevé le sort du PAM : celui des événements d’Al Hoceima. Ilias El Omari et son parti se faisaient forts de stabiliser le Rif et d’asurer ainsi une intermédiation incontournable avec les populations de cette région.

La contestation, avec à sa tête, Nasser Zefzafi, a récusé M. El Omari ; traité de traitre au passage… ainsi que son parti. Si bien que sur toute la ligne, M. El Omari et le PAM étaient devenus un « poids mort », le parti ayant une représentation arithmétique à valeur quasiment nulle, voire négative.

Autant dire que le PAM, aujourd’hui, est pratiquement à contre-emploi. Il a été conçu et mis sur pied pour être un parti à vocation gouvernementale. Pour ses initiateurs, il devait en effet dès 2011, lors des élections du 25 novembre, être partie prenante dans une nouvelle majorité.

C’est d’ailleurs dans cette perspective qu’a été créée l’éphémère alliance démocratique, six semaines auparavant, le 5 octobre, avec le RNI, le PAM, le MP, l’UC et quatre petites formations, le G8. Par suite des résultats du PJD arrivé en tête, le PAM s’est trouvé rejeté dans l’opposition à la différence de deux de ses alliés, le RNI et le MP.

Cinq ans plus tard, au lendemain des élections du 7 octobre 2016, il se retrouve de nouveau dans l’opposition. Doit-il encore attendre 2021 pour escompter une autre situation l’intégrant –enfin- à une majorité ? Sur le papier, pourrait-on dire, c’est envisageable, mais cela paraît improbable.

Une union politique mais pas organique

Quelles autres options peuvent se présenter ? La transhumance des élus du PAM – quand bien même motivante pour la plupart d’entre eux- ne peut se faire avec les mandatures actuelles des collectivités territoriales ni des deux chambres du parlement. Les dispositions légales en vigueur excluent cette possibilité sauf à ce que les élus perdent leur mandat.

Compte tenu de cette contrainte, une piste se présente : celle d’une union du PAM avec le RNI. La formation de Aziz Akhannouch a déjà conclu cette forme d’alliance avec l’Union constitutionnelle de Mohamed Sajid. Une alliance datant de 2013, mais réactivée au lendemain des élections du 7 octobre 2016 et qui a permis de faire participer l’UC au gouvernement de Saad Eddine El Othmani. Un tel accord entre le RNI et le PAM permettrait de la même façon d’introduire ce dernier dans le cabinet, lui qui dès l’origine avait une vocation gouvernementale.

Si une telle union arrivait à se concrétiser, ce serait plus précisément une union RNI-UC-PAM. Ce serait une union politique mais pas organique, au niveau d’une fusion des structures de ces trois formations. Mais elle représenterait un aspect tout aussi particulier. Pourquoi ? Parce qu’elle totaliserait 158 sièges (PAM : 102, RNI : 36, UC : 20).

Elle supplanterait alors le PJD avec ses 125 députés. Si l’on prend en compte la normalisation du Parti de l’Istiqlal avec Nizar Baraka, responsable potentiel succédant à Hamid Chabat, et les 46 sièges de ce parti, cela donne une forte majorité de 204 sièges à laquelle il faut ajouter le MP, 27, soit un total de 231 sièges.

Une ligne de rectification

Avec une telle projection, l’on peut se passer du PJD et créer à terme en 2018, une situation telle que la formation islamiste n’ait pas d’autre choix que de rejoindre l’opposition. Un schéma de bipolarisation reconstruite laborieusement. Il aurait l’avantage de respecter démocratiquement l’arithmétique parlementaire mais l’inconvénient de contrarier le sens du vote du 7 octobre 2016.

Ce schéma reste cependant lié à deux facteurs particuliers. Le premier est relatif aux suites qui seront données au discours royal de la fête du Trône.
Quels changements ?
Quelles sanctions ?
Et quelles conséquences éventuelles sur la composition du gouvernement El Othmani ?

L’autre facteur n’est pas moins significatif, celui du 8è congrès du PJD prévu les 8 et 9 décembre prochain. Le secrétaire général sortant Abdelilah Benkirane, obtiendra-t-il un troisième mandat par suite d’une modification des statuts de cette formation ?

Si la réponse est affirmative, ce qui est l’hypothèse la plus forte à mon sens, alors s’affirmera de nouveau une ligne de rectification, de réajustement, mettant fin à celle d’El Othmani telle qu’elle s’est exprimée lors de la formation de son gouvernement le 5 avril dernier.

Le PJD retrouvera du souffle, de la vigueur et il gagnerait même à ne pas continuer à gérer les concessions faites depuis quatre mois. Une remobilisation face à un pole pluriel considéré comme étant une nouvelle illustration du tahakkoum qui, à ses yeux, n’a accepté ni les élections de 2011 ni celle de 2016.

Source : Avec l'aimable autorisation de Mr Mustapha sehimi


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