Architecture : Salle de musiques amplifiées et électroniques


Grenoble, France Hérault Arnod architectes



 

Les musiques électroniques sont un sujet nouveau pour l’architecture. Le plus souvent les soirées électro se déroulent dans des lieux qui ne leur étaient pas spécialement destinées au départ, clubs ou boîtes de nuit, hangars, champs, stades... Pour le projet de Grenoble il s’agissait d’inventer un dispositif architectural spécifique qui permette un nouveau type de spectacle et de relation avec le public, tout en autorisant des concerts en configuration plus traditionnelle.

Le site est un ancien quartier industriel aujourd’hui en mutation. La salle est construite à côté du Magasin, le Centre d’Art Contemporain de Grenoble, qui est installé dans une halle construite à la fin du XIXe siècle par les ateliers Eiffel. Dans un contexte en cours de définition et emprunt d’incertitude, le projet est un volume à cinq branches qui donne une importance équivalente à chacune de ses faces. Cette forme multidirectionnelle et autonome s’affranchit des aménagements futurs et son identité ne risque pas d’être fragilisée dans l’avenir, quelle que soit l’évolution des alentours. Ce passé industriel du site nous a inspiré une architecture brute et efficace, enveloppée d’une peau composée d’épaisses planches de mélèze posées avec des jours irréguliers. L’aspect de ce bois confère à l’architecture un caractère entre archétype et hyper-contempora- néité. Cette première enveloppe laisse entrevoir le monde plus mystérieux de l’intérieur.

Ce corps étrange répond à l’énergie de la musique, c’est une forme qui évoque à la fois l’absorption et la diffusion du son : chaque branche est comme le pavillon de l’oreille ou le cône du mégaphone. L’ensemble forme un organisme dont le cœur est la salle de concert ; à partir de ce cœur, les autres espaces s’organisent dans chacune des cinq branches, composées dans un cercle, qui ouvrent vers des directions différentes, captant les divers flux.

L’architecture joue de l’opposition entre l’enveloppe de bois, abstraite et rugueuse, et la façade du hall, mur rideau en verre courbe suspendu, léger et transparent. Son tracé courbe donne au volume intérieur un aspect organique, renforçant le contraste entre l’enveloppe et le corps pris à l’intérieur.


L’espace est conçu pour que chaque spectateur puisse, au cours du concert, bouger et changer d’ambiance à sa guise. La salle comprend une scène, un parterre en creux, quelques gradins fixes et un balcon sur lequel est installé le bar. Elle est dessinée comme une coquille asymétrique laissant possible divers types d’occupation de l’espace et de spectacles. Plusieurs plateformes à différentes hauteurs sont prévues pour les DJ. En prolongement de la salle, le « chill-out » est un espace plus calme, au niveau sonore moins élevé dans lequel on peut se reposer un moment dans une atmosphère « lounge ». Depuis le « chill-out » on peut sortir sur les balcons, prendre l’air ou fumer une cigarette pendant le concert.

 

Chaque branche est traitée de manière équivalente aux autres, signifiant que chaque intervenant doit jouer son rôle pour que le spectacle fonctionne : musiciens, techniciens et public, tous convergent vers le centre et vont, chacun à leur niveau, fabriquer la soirée. La branche côté est abrite un garage qui permet de cacher les camions de livraison et les tours bus, les faisant ainsi disparaître de l’espace public.

 

Les deux pavillons côté Est ouvrent sur l’esplanade du Magasin et constituent des portiques d’entrée couverts. Ils forment deux cadres de scène urbains, mise en abime de la scène à l’échelle de la ville. Les deux porches sont surélevés, on y est ailleurs, au seuil du monde mystérieux de l’intérieur mais encore en contact avec la réalité extérieure. Les spectateurs sont mis en scène dans ces cadres et deviennent acteurs du spectacle urbain, opérant un brouillage du schéma classique de la relation acteur / spectateur. 

 

 






        

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