La chronique de Majda : Bassima, qu’allons-nous faire de toi Bassima ?




Chère Bassima,
 
J’espère que tu te portes bien et que tes vacances se passent à merveille.

Je me permets de t’écrire aujourd’hui pour te dire ô combien j’étais désolée d’avoir oublié ton existence. Ça pourrait peut-être te choquer mais tu ne devrais pas. Ne dit-on pas qu’on finit toujours par oublier ceux qui nous oublient ?
 
 
Bassima, tu vas certainement rire à en perdre haleine, mais il se trouve que j’avais même oublié que nous avions – nous, Marocains – une Ministre de la femme. Quand une affaire de viol secoue le Royaume et excite les médias même internationaux, le mutisme de celle qui devrait en principe – je dis bien, en principe – monter en premier au créneau et condamner fermement et sans la moindre nuance cet acte odieux, est tout simplement impardonnable, irrespectueux, scandaleux et non professionnel.
 
Que tu te dores la pilule, et tu te la dores apparemment été comme hiver, c’est un droit fondamental et incontestable et je suis pour que tu te reposes de ces longs mois de « dur labeur ». Mais que tu te dores la pilule alors que dehors les femmes et les hommes de ton pays hurlent cette douleur déchirante de ce qu’est devenu ce Maroc un peu pompier pyromane … Je ne le comprendrai jamais.
 
Je sais, oui je sais vraiment, que tu n’en as pas grand chose à faire des maux de tes acolytes féminines et tu l’as d’ailleurs prouvé à maintes reprises. Ne t’étonne pas et ne hurle pas à la diffamation puisque ce que je te dis est vrai et est tout à fait vérifiable. J’en profite pour remercier chaleureusement les archives de notre presse locale (et même internationale ! Bravo !).
 
Comment oublier la défunte Amina Filali, martyre d’une cause « gagnée » dans la douleur d’un suicide, où tu avais offert une tribune de choix à son violeur invité à une conférence de presse pour justifier l’injustifiable ? Comment oublier cet affront fait à la mémoire de la défunte et aux mémoires encore vivantes aujourd’hui, dont la mienne encore dans la colère et l’incompréhension de tes actes ?
 
Comment oublier le jour où, toi Ministre de la femme censée protéger tes semblables et te battre pour arracher leurs droits – parce qu’apparemment oui, il faut les « arracher » – tu avais vomi (tu m’excuseras du terme) qu’épouser son violeur ne portait pas un réel préjudice à la victime ? Comment oublier ? Oh je sais ! Tu avais démenti ! Tu avais même dit que la place d’un violeur était en prison ! Sans blague ? Tu avais essayé tant bien que très mal de te rétracter et de soigner tes propos mais il n’y a pas plus beau et plus révélateur que les paroles tenues dans l’élan de la spontanéité.

 
Comment oublier qu’encore aujourd’hui, les lois condamnant les violences faites aux femmes soient encore plongées dans un coma profond depuis quatre ans ? Crois-tu qu’on oublie ? Laisse-moi te répondre que non, nous n’oublions pas, nous n’allons jamais oublier, puisque les violences – ces violences qui attendent encore des lois pour coffrer les salauds qui nous font du mal – nous les subissons quotidiennement. Alors si tu attends l’oubli, c’est raté.
 
Comment oublier ton récent silence, de deux longs jours, que tu as fini par « briser » en publiant un statut Facebook.
 
Facebook ! Sérieux ? Et tu es sortie de ton mutisme parce qu’un gentilhomme, haut placé dans les médias, t’a réveillée en évoquant ton foulard.
 
Un statut Facebook ! Et pour ne pas répondre aux questions embarrassantes des médias qui, à raison, ont voulu te questionner sur ton mutisme, tu as préféré répondre que tu étais en vacances.
 
Elles sont belles les vacances quand même le peuple, lui aussi en vacances, est pourtant sorti dans les rues hurler au scandale de la condition des femmes. Dans la douleur du peuple souffrant, comment peut-on aller en congé et se murer dans le silence ?
 
Comment oublier tes questions ahurissantes ?

« Comment un mineur peut-il commettre des actes avec une telle violence tout en s’affichant heureux? Comment un mineur peut-il commettre un crime en savourant son acte comme s’il était en train de jouer? ». C’est à nous que tu poses ces questions ? Vraiment ?
 
Comment oublier ton déni des réalités de ce pays qui t’offre ce beau siège en cuir dans lequel tu es confortablement installée pendant que dehors nous, qui payons ton salaire, souffrons le martyr sans que tu ne bouges le petit doigt ? Ce crime – selon tes lumières – serait étranger à notre société ? Non Bassima, ce crime n’est pas étranger à notre société, il est routinier. C’est toi qui es étrangère à la cause pour laquelle tu es gracieusement payée.
 
Pour finir Bassima, dis-moi ?

Moi aussi j’ai des interrogations en tant que Marocaine au même titre que ta grandeur. Où est la solidarité ? Où est la femme ? Où est la famille ? Où est le développement social ? Parce que moi, pour le moment, je ne vois que des longs titres mensongers et rien en retour.
 
Profite de tes vacances.

Avec l'aimable autorisation de Majda 
 
Cette chronique a été publiée sur la page Facebook, Les chroniques de Majda.


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