A quoi sert un discours royal ?...




A quoi sert un discours royal ?...

… A y adhérer pour les concernés, politiques, fonctionnaires et autres décideurs… A y croire pour les autres, ceux auxquels il s’adresse, nous. Si les premiers ne remplissent pas leur rôle, les seconds auront du mal à être dans le leur. Et pourtant, à relire les discours royaux depuis quelques années, on pourrait regretter qu’ils ne soient que rarement appliqués et suivis par ceux qui doivent le faire ; alors à force d’évoquer les sujets qui fâchent, le roi a fini par se fâcher.

Voici deux ans, le roi Mohammed VI avait appelé à un séisme, social, politique, tout et total. Quelques mois après, il avait limogé quatre ministres, dont deux pouvaient être considérés comme importants. Tout le monde avait alors salué le séisme : « le voilà ! », « le voici ! » … Et bien non, ce n’était pas le séisme attendu ; l’acte royal était un simple limogeage de quelques responsables non méritants (même s’ils ne méritaient pas tous leur sort et même si l’un d’eux, viré du public, a trouvé une sinécure dans le privé). Un séisme « normal », c’est déjà lourd, alors un séisme royal…

Et c’est le dernier discours de Mohammed VI, en début de semaine, qui sonne comme un tremblement de terre (et un vacillement des gens qui sont au-dessus). Le chef de l’Etat aura attendu deux ans que les citoyens fassent le leur, comme il le leur avait demandé, mais ne voyant rien venir, il y est allé lui-même. Il faut changer beaucoup de monde et beaucoup de choses pour que tout change un peu.

Et cette fois, la classe politique y a cru, sentant le boulet à tête chercheuse passer pas très loin. Ainsi, Saadeddine Elotmani a promptement réuni « sa » majorité, les six partis qui prospèrent au gouvernement, lesquels devraient réunir également leurs Politburos, lesquels palabreront en vase clos, à huis-clos. « Sidna a dit qu’il faut changer et apporter du sang neuf à la haute fonction publique et au gouvernement, alors on va s’exécuter ». Sauf que le roi n’a pas parlé des partis, mais aux citoyens, dont il a déclaré faire partie, avec son concept de monarchie citoyenne…

Alors à quoi donc sert un discours royal ? Si le ministre de l’Intérieur se contente de convoquer au garde-à-vous « ses » walis, gouverneurs et autres gens et agents d’autorité, pour les haranguer, pour se rappeler des bons moments et revoir les bons copains, avant qu’ils se quittent souriants… si le chef de la majorité reçoit les chefs des partis pour rebattre leurs cartes au sein de leurs appareils, pour promouvoir ceux de leurs cadres qui n’auront pas (encore) goûté aux délices gouvernementaux… c’est que tous ces gens n’ont pas compris grand-chose, qu’ils ont entendu le discours sans l’écouter.

« Bon appétit », donc, Messieurs, comme dirait Hugo…Mais sachez que le problème est aussi bien dans certains d’entre vous que dans toute la gouvernance qui est la vôtre. Gouvernance sans conscience n’est que ruine et drame. Il ne suffit pas de faire bouger les chaises musicales, c’est toute la partition qu’il faut revoir. On peut raisonnablement douter de votre capacité à le faire.

Mais attention, l’opinion publique se tend, et le roi vous attend.

Aziz Boucetta




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