AMADEUS : MEMORANDUM-2019 : 100 Propositions pour un nouveau modèle de développement



100 Propositions pour un Modèle de Développement national durable, juste, inclusif et innovant

« Le But, c’est le Chemin » - Goethe



AMADEUS : MEMORANDUM-2019 : 100 Propositions pour un nouveau modèle de développement
Depuis vingt ans le Maroc a connu des progrès majeurs dans plusieurs domaines. Grâce aux réformes, à la politique des grands chantiers et à la dynamique d’investissements le Royaume s’est hissé au rang des pays les plus performants en Afrique et dans la région MENA. Toutefois, plusieurs indicateurs dénoncent une réalité paradoxale avec cette évolution.

Dans Son Discours à l’occasion de l’ouverture du Parlement en octobre dernier, Sa Majesté le Roi Mohammed VI avait appelé à « l’élaboration d’une nouvelle approche, centrée sur la satisfaction des besoins des citoyens, apte à réduire les disparités et les inégalités existantes, à instaurer la justice sociale et territoriale, à suivre, en les intégrant, les évolutions de l’environnement national et international ».

Face à ce constat, et sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Maroc et toutes les forces vives de la nation se sont engagées dans une étape cruciale : celle de concevoir un Modèle de développement réadapté, à même de permettre au pays de réussir le pari de la réconciliation sociale et de l’émergence économique. En effet, il ne s’agit donc plus de dynamiser une région, de réformer un secteur ou une branche d’activité, mais de proposer un Modèle de développement « rénové », capable de réparer les fractures causées par le modèle de croissance qui prédominait ainsi que les inégalités sociales et spatiale causées par les politiques de développement dites du haut vers le bas.

Dans son Discours du Trône marquant ses vingt années de règne, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a appelé à un changement substantiel, bâti sur les nombreux acquis du Royaume et s’inscrivant dans la continuité, pour arriver à une « nouvelle étape » dont les maîtres mots seront, selon le Souverain, « Responsabilité » et « Essor ». La réflexion, ou l’inflexion, autour du Modèle de développement de notre pays ne doit pas, pour autant, aboutir à une réinvention du « Modèle Maroc », mais elle doit plutôt conduire à une capitalisation sur les avancées qu’a connues le Royaume et à l’adaptation de ce Modèle au contexte et aux défis actuels.

Il devient donc nécessaire de faire évoluer notre Modèle de développement en fonction de facteurs exogènes, donc des contraintes internationales actuelles, et de facteurs endogènes, donc des réalités internes, qui impactent notre pays. Ce n’est ni une réinvention totale du modèle de développement, ni une construction nouvelle à partir de zéro qui sont attendues aujourd’hui, mais plutôt son adaptation et son renforcement par le recours, ici ou là, à l’innovation, à l’audace et au dépassement des approches conventionnelles. Cette évolution de notre Modèle de développement se doit d’être multidimensionnelle.


En effet, appréhender le modèle de développement du simple point de vue de la croissance économique, comme peuvent le faire certains, serait une ineptie et une réponse plus que partielle à la nécessité de réinstaurer la confiance en l’avenir, mais également d’établir une société plus juste et plus inclusive. Comme rappelé par Sa Majesté le Roi, dans Ses Discours d’Octobre 2017, d’Octobre 2018 et de Juillet 2019, Institut AMADEUS 7 le Modèle de développement doit pouvoir répondre, de manière concrète et pérenne, aux inégalités sociales et territoriales notamment.

Le levier économique du Modèle de développement (l’un des trois leviers retenus dans ce Mémorandum) doit pouvoir intégrer le triptyque Croissance-Emplois- (Re)Distribution comme faisant partie d’un tout, sans dissocier l’un des trois piliers des deux autres. Pour rappel, ces dernières années, 1% de croissance économique ne crée seulement que 9000 emplois en moyenne, ce qui est totalement insuffisant pour un pays tel que le Maroc, confronté à de nombreux challenges, dont la croissance moyenne est de 3% depuis cinq ans.

Dans son récent Discours du Trône, le Souverain a insisté sur le fait que la réadaptation du Modèle de développement doit être construite autour de quatre défis : « le défis de la consolidation de la confiance », « le défi de l’ouverture et le refus du repli sur soi », « le défi de l’accélération économique et de l’efficacité institutionnelle » ainsi que « le défi de la justice sociale et spatiale ».

La réflexion autour de la rénovation du Modèle de développement doit donc, aboutir à la création d’un nouveau Modèle disruptif de confiance. Le Modèle devra permettre aux citoyens de se réconcilier avec leur gouvernement, leur administration, leurs partis politiques, leur fiscalité, leur système d’enseignement, leur système de santé et leur système social. Par ailleurs, le climat des affaires, bien que le Royaume soit de plus en plus attractif en matière d’IDE, reste encore difficile pour beaucoup d’entreprises et d’entrepreneurs qui, face à l’informel, face à une concurrence déloyale, face à des délais de paiements trop longs, face à une fiscalité contraignante, face à certaines incohérences bureaucratiques et face à des difficultés de financement, ne peuvent pas jouer pleinement leur rôle de créateurs de richesses et d’emplois.

Le Modèle de développement rénové sera donc jugé sur sa capacité à pouvoir répondre durablement à ces nombreux défis. Ce nouveau Modèle de confiance, nécessairement porteur d’optimisme, doit pouvoir permettre à l’ensemble des marocains d’avoir les moyens de contribuer au développement de leur pays à travers le renforcement de leurs capacités, l’inclusivité, la redistribution, l’égalité des chances et la solidarité. Le Modèle doit donc être orienté essentiellement sur le citoyen tout en renforçant son sentiment d’appartenance à la Cité.

La réforme du système éducatif est évidemment centrale, puisqu’aucun Modèle de développement ne saurait être performant sans le renforcement du Capital humain, seule véritable richesse de notre pays. L’équation éducation-formation-emploi, aujourd’hui en chantier, doit être axée sur l’empowerment ou la capacitation, tout en étant adaptée aux besoins réels du marché du travail. Le système éducatif se doit alors d’être un vecteur efficace de cohésion et d’insertion sociale. Il doit être redessiné en profondeur et doit assurer une formation de qualité similaire dans toutes les régions du Royaume. L’Ecole marocaine doit être élevée au rang de véritable projet de société et doit se défaire de sa prise en otage par des intérêts politiques incohérents et divergents, qui sont en partie l’origine de la faiblesse du système d’enseignement actuel.

Plus que toute autre chose, c’est l’absence de généralisation d’un enseignement public de qualité qui crée la perception d’un Maroc à plusieurs vitesses et qui accentue les frustrations sociales, tout en renforçant la rupture « Peuple » vs « Elite ». 

La construction du Modèle de développement revisité doit se faire avec sérieux, dans la sérénité et sans surenchère partisane ou électoraliste, car le Modèle de développement concerne tous les marocains, d’autant plus que l’inflexion de ce Modèle provient d’une Initiative Royale. Par souci d’efficacité, mais également pour prévenir les erreurs du passé, il est nécessaire d’éviter, dans ce processus de réflexion et de construction, les raccourcis démagogiques, le syndrome de la bonne réponse, les faux-débats, les fausses bonnes idées, les recettes miracles et la tentation, un peu trop facile, de sombrer dans un droit d’inventaire totalement contre-productif, d’autant plus que les problèmes sont identifiés, les diagnostics ont été largement réalisés, les maux sont connus et ont été recensés, avec lucidité, au plus haut sommet de l’Etat, depuis plusieurs années déjà. La mise en œuvre du Modèle de développement rénové, doit donc s’affranchir de certains discours faussement moralisateurs, voire rétrogrades, dont le seul objectif est de nourrir une forme d’immobilisme, afin de masquer une incapacité réelle de gestion de la chose publique, mais également de préserver les intérêts personnels de ceux qui les portent, au détriment, bien entendu, de l’intérêt général.

Par ailleurs, la rénovation du Modèle de développement se trouve, aujourd’hui, à la croisée de nombreux processus dont les composantes hétérogènes sont la géopolitique et la géoéconomie. Ancré traditionnellement autour d’alliances avec ses partenaires occidentaux, particulièrement l’Union Européenne voisine, le Maroc a significativement tissé ces dernières années des liens plus importants avec les pôles émergents d’une nouvelle géographie de l’investissement et de la croissance mondiale. Le partenariat avec la Chine ou le retour du Maroc à l’Union Africaine prennent leur sens dans ce chemin singulier que le pays souhaite dessiner pour son développement. C’est le sens de la politique africaine portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI qui propose d’assumer pleinement un rôle de leadership continental sur de nombreux sujets qui nous concernent en tant qu’Africains, au premier rang desquels le développement économique et social ainsi que les migrations. Cette politique africaine ne se construit pas contre, mais en complément des relations intenses que nous avons su tisser avec l’Union européenne, ainsi qu’avec nos partenaires américains, chinois, russes et du Golfe. Le Royaume, à travers cette diversification de ses partenariats économiques et le nombre importants d’accords commerciaux préférentiels dont il bénéficie, occupe une place de choix sur l’échiquier international, ce qui lui permet d’être le premier récipiendaire africain d’IDE.

Le Maroc a fait le choix d’une intégration économique multiple. Qu’elle soit euro-marocaine, panafricaine ou régionale, ce choix assumé de l’ouverture économique, diversifiée et non exclusive, implique donc, une prise en considération indispensable des paramètres géostratégiques et géoéconomiques dans la rénovation de notre Modèle de développement. Ce chemin de développement, authentiquement marocain, devra savoir tenir compte de notre situation dans le monde, celle d’un pays pré-émergent, doté d’institutions enracinées dans l’Histoire. Notre pays a depuis longtemps choisi ses options, l’une d’elles est d’être un pays ouvert, participant activement au libre-échange commercial avec la conviction qu’il peut en tirer bénéfice pour sa population.

Ce contexte et cette Institut AMADEUS 9 ouverture aux moteurs hétérogènes de la croissance mondiale, ne nous empêchent pas de créer des moteurs endogènes, de rassembler nos forces et nos savoir-faire pour perfectionner notre Modèle de développement qui, en termes de croissance économique a tendance à ronronner, se reposant beaucoup sur les investissements publics. Notre croissance crée peu d’emplois, elle crée peu d’inclusion, le chômage pouvant toucher 40% des jeunes en zone urbaine, et elle crée trop peu de productivité et d’innovation. En somme, la réadaptation du Modèle de développement ne correspond pas à un changement total de paradigme. Il s’agit plutôt d’une réflexion approfondie et d’un cheminement bâtis autour de :

1. La capitalisation sur les différents acquis de notre pays ;
2. L’identification des points de blocages, qui ont notamment été mis en lumière dans l’ensemble des Discours Royaux depuis quatre ans (fiscalité, informel, économie de rente, déséquilibre social et territorial, croissance non inclusive, bureaucratie, emploi, éducation, santé, justice, etc.) ;
3. La capacité à être inventif en proposant des pistes de solutions concrètes, crédibles, réalistes et opératoires, dans un certain nombre de secteurs, notamment à vocation sociale ou territoriale, prenant en compte les facteurs exogènes et endogènes qui pèsent sur notre pays.

Ce présent Mémorandum est le fruit d’un travail de réflexion et d’analyse inclusif et concerté. L’Institut Amadeus, qui travaille sur la question depuis le mois de Novembre 2018, a organisé plus d’une dizaine de sessions de travail et de tables rondes, rassemblant plus de 80 contributeurs marocains et étrangers de sensibilités diverses (responsables politiques, experts, opérateurs économiques, organisations internationales, acteurs associatifs, etc.), que je tiens à remercier chaleureusement.

Les contributions de l’ensemble de ces personnalités ont servi de base aux synthèses, recommandations et propositions retenues dans ce Mémorandum, qui n’engagent que l’Institut Amadeus. L’Institut Amadeus se tiendra, dès son installation, à l’entière disposition de la Commission en charge du Modèle de développement, dont la mission première sera de recueillir et d’analyser les différentes contributions des forces vives de la Nation. Brahim Fassi Fihri Président Fondateur de l’Institut Amadeus 



        

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