Baraka !! de M. Chorfi




Baraka !! de M. Chorfi

C’est la réponse énervée, lancée par le secrétaire général du ministère des Finances Zouhaïr Chorfi, lors du conclave sur la fiscalité, à un médecin qui vitupérait contre la pression fiscale pesant selon lui sur son secteur. Avec cette saillie, bruyamment ovationnée, ce n’était pas M. Chorfi qui s’exprimait, mais l’Etat, et le destinataire n’était pas seulement le corps médical, mais l’ensemble des contribuables. « C’est notre attitude au quotidien, collectivement, qui doit changer », assène donc ce commis de l’Etat. Fort bien. « Baraka ! », le véritable slogan de ces Assises…  qui s’applique tant au citoyen qu’à l’Etat.


Le mot de Zouhair Chorfi est une variante, plus polie, de celui du général Cambronne à Waterloo… Pour mieux le comprendre, revenons à cette réflexion d’un inspecteur du fisc présent à ces Assises : « On devrait fermer les portes et procéder à la vérification fiscale des gens ici, surtout ceux qui se plaignent… Avec mon expérience, je peux vous dire qu’un tel redressement effacerait immédiatement le déficit public du royaume ! ». Il est vrai qu’après avoir remué à la fourche des tonnes de documents, le fisc sait de quoi il parle…

Quelques chiffres : 53 milliards de DH (MMDH) de fausses factures, 5 milliards MMDH de manque à gagner IR, 140 entreprises paient 50% de l’IS, IR et TVA… Résultat : 50 MMDH de manque à percevoir annuel pour l’Etat, soit 5 milliards USD ! Comment pouvons-nous donc exiger en vrac que l’Etat continue de construire des infrastructures, qu’il soigne le social, qu’il augmente les salaires publics et réduise les taux d’imposition… et tout cela sans s’endetter ? Les miracles, c’était au temps des prophètes, plus maintenant.

Aujourd’hui, dans un monde muant devenu remuant, il faut renforcer le front interne, qui ne peut s’ériger qu’avec une citoyenneté avancée. Pour cela, il est nécessaire de changer l’état d’esprit général mais aussi et d’urgence l’esprit de l’Etat central. D’où le contrat social fiscal, qui passe par la légitimité fiscale et le consentement citoyen.

Comment donc les Marocain(e)s pourraient-ils avoir conscience de l’utilité de l’impôt, et y consentir, si la fiscalité n'est pas parfaitement claire, largement équitable, profondément inclusive et résolument sociale… en un mot, légitime ? Et on retrouve là encore l’importance vitale de l’éducation et capitale de la culture, leviers différés du fisc, car elles créent la richesse humaine (dont le consentement) en amont, laquelle produit de la richesse tout court, que le fisc se charge de collecter en aval.

Tout cela est fort intéressant, sauf que nous n’avons pas le personnel politique adéquat pour être à la manœuvre et renoncer aux fautives liaisons en « isme », comme népotisme, favoritisme, clientélisme. Deux solutions : la mise à niveau de la classe politique, ou son renvoi et son remplacement progressif mais rapide. Le « Baraka ! » de M. Chorfi prendra alors tous son sens, au nom de la bonne gouvernance.

Aziz Boucetta




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