De Salan à Salah, la malédiction des généraux…




De Salan à Salah, la malédiction des généraux…

… Ou la prise en otage de toute une nation par les militaires, directement ou indirectement, depuis l’aube de l’indépendance en 1962 (Boumediene, Zeroual, Kafi…). Longtemps négligé par une casernocratie muette et irascible, le peuple algérien vient de se révéler – et de quelle belle manière ! –  à la face du monde, par l’engagement, l’humour, la maturité et l’opiniâtreté. Avec leur contestation, les Algériens ont redonné tout son sens au mot « peuple ».

Jadis, Mirabeau disait que « la Prusse n'est pas un État qui possède une armée, c'est une armée ayant conquis la nation », affirmation cruellement valable (jusqu’à) aujourd’hui pour l’Algérie. En mars dernier, en effet, le général galonné et ballonné Ahmed Gaïd Salah (photo) affirmait humblement que « l’armée est fière de son peuple ».

 



En 1961, en pleine guerre d’indépendance, le général Salan ne voulait pas la liberté pour les Algériens, OAS à l’appui… un demi-siècle plus tard, c’est le général Salah qui refuse la liberté pour les Algériens, DRS (pas vraiment dissous) en renfort. Sauf que différemment à Salan, l’officier le plus décoré de France et héros de guerre, le général corpulent de corps d’armée Gaïd Salah n’aligne aucun fait d’armes prestigieux, ce que ses qualités de prestidigitateur ont caché.

L’homme qui a troqué la silhouette d’un général pour l’espièglerie d’un enfant aime les manœuvres à tirs réels car c’est plein de couleurs, ça fait boum-boum et ça domine la plaine d’où viendra le (supposé) ennemi qui le fera héros... Rappelant les apaisants dirigeants nord-coréens, il impose à ses officiers d’immortaliser ses paroles en prenant des notes, se rêvant comme les Kim en « Brillant dirigeant respecté », « Soleil de l’avenir » ou « Guide des rayons du soleil ». Las, en 2004, M. Bouteflika l’avait materné car il était le plus terne de la képicratie, empâté et peu empathique. Depuis, il est aussi attachant que la Loubianka.

Pendant ce temps-là, le « peuple » est occulté par l’armée et ses institutions occupées par les armes ; il n’existe pas, réduit à un vulgaire concept de propagande… Jusqu’à ce 22 février dernier où il est apparu dans toute sa splendeur, suscitant un intérêt grandissant chez les voisins, rêvant de voir enfin le Grand Maghreb prendre forme et les trois nations se retrouver et communier.

A un moment où l’UE tangue, où la France doute, où le Royaume-Uni prend le large et M. Poutine prend ses aises, la fenêtre de tir (pour faire plaisir à M. Salah) du Maghreb s’élargit. Pour la postérité et la prospérité.

Aziz Boucetta


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