Ils ont osé !


A peine lancés au milieu de la dernière semaine, les clinquants bus de Rabat ont déjà commencé à subir les affres du vandalisme et de l’incivisme. Au Nord de la Capitale, du côté de la localité de Sidi Bouknadel un premier bus aurait été endommagé et l’une de ses vitres brisée par un jeune individu à coups de pierres. A l’Est de Rabat, au niveau d’Aïn Aouda, plusieurs personnes outrées par le refus du chauffeur de les embarquer pour manque de places auraient réagi en caillassant un deuxième bus.



Sur les réseaux sociaux, toujours prompts à s’enflammer, l’indignation est à son comble et les appels aux représailles sous forme de châtiments exemplaires se multiplient. A écouter certains internautes, les vandales doivent êtres pendus haut et court, en public, pour donner l’exemple. Et force est d’admettre que même parmi les plus tempérés des observateurs, la tentation est grande de sévir méchamment contre les casseurs. Mais ne nous emballons point.  

Certes, avec leurs teintes pastelles, leur connexion wi-fi gratuite et leur clim qui fonctionne toujours, les nouveaux bus de Rabat sont actuellement perçus comme un joyau. Le fait qu’ils soient attaqués alors même qu’ils sont toujours rutilants suscite colère et incompréhension. Sans doute, compte tenu du fait que ces attaques contredisent «l’hypothèse de la vitre brisée» qui veut que les casseurs ne s’attaquent généralement qu’à ce qui est déjà détérioré. Mais au tout début de leur lancement, les bus de l’ancienne compagnie Stareo qui vécurent eux-aussi leur heure de gloire, avant de sombrer dans une désolante décrépitude, suscitaient la même indignation à chaque attaque ou acte de vandalisme les visant.

Au fil des ans et des outrages, ces bus déglingués dont l’entretien laissait profondément à désirer étaient devenus le défouloir attitré de tout ce que Rabat compte comme hordes de «racailles» haineuses et destructrices, dans une presque indifférence générale.  Ce n’est en effet pas la première fois que des équipements d’utilité publique sont détériorés immédiatement après leur inauguration. Les récents déboires de la nouvelle corniche de Casablanca et la dégradation plus ancienne des gradins du grand stade de Marrakech confirment la continuité de cette désastreuse tragédie des biens communs qui sévit sous nos cieux.

Que faut-il faire face à ce genre d’actes ? S’indigner, oui; dénoncer, bien sûr; éduquer, sans doute et sanctionner surtout. 

Si l’indignation publique, la dénonciation réelle à coups de vidéos et de dépôts de plaintes, ainsi que l’éducation de nos propres enfants pour les dissuader d’agir de la sorte, relèvent de notre responsabilité à tous, nous autres citoyens, la sanction, elle, relève de celle des pouvoirs publics. Et dans le cas d’espèce, celui des bus de Rabat, les autorités sont appelées non pas à sévir, mais à simplement veiller à la stricte application des nombreux textes de lois qui existent, maintenant et durablement.   
 
Par Majd El Atouabi
Lopinion.ma


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