Jeunesse en perdition, genèse d’une bombe




Jeunesse en perdition, genèse d’une bombe

Au Maroc, les jeunes cassent ou se cassent, et dans les deux cas, seuls de rares clairvoyants jouent les Cassandre…  Cela pose problème, et tout ira crescendo tant que nos décideurs continuent de claironner que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et ces mêmes décideurs, qu’on appelle ainsi même s’ils ne décident pas grand-chose, ne pourront rien comprendre s’ils ne plongent pas dans le cœur du problème.

Dans les stades de football, avec ces samedis noirs, ces mardis noirs, ces jeudis noirs, c’est l’avenir du pays et le devenir de sa jeunesse qui s’assombrissent. Les images se sont banalisées, à force d’être répétitives… Un match se joue puis, soudain, dans les gradins, un mouvement se forme, la foule tangue, les chaises volent, et les illusions d’une société apaisée s’envolent.

On retrouve cette violence à tous les étages et dans toutes les catégories de jeunes… Les nantis tuent au volant de leurs bolides, sûrs de leur impunité. Au collège, on ne compte plus les vidéos montrant des scènes de brutalité, exercée par ou contre les jeunes. Et quand ils ne sont pas à l’école et qu’ils n’ont pas été aux stades, les jeunes volent, violent, agressent, vandalisent… Et quand c’est fini, ça recommence.

Tout le système a failli. Les parents ont démissionné, eux-mêmes décontenancés par cette modernité mal assimilée. L’école publique agonise et frôle le néant… La société abreuve nos jeunes, branchés dehors et connectés ailleurs, de la sinistre trilogie de « حرام، حشومة، ما مزيانش » qui enferme ces jeunes dans le carcan vétuste de notre passé certes illustre mais aujourd’hui dépassé. Quant à la classe politique, elle n’est plus qu’une pâle caricature qui nous afflige et qu’on nous inflige !

Notre jeunesse est divisée entre ceux qui sont partis et ceux qui veulent partir, préférant affronter les flots rudes du Détroit à cette terre de moins en moins ferme qui les tient si à l’étroit. Et au final, quand on agrège la faillite d’un enseignement de classe, le ressentiment d’une jeunesse qui se sent délaissée face à la débauche de richesses qu’elle lui sait interdites et le peu de cas que les uns et les autres font de la loi, on obtient l’explosion de cette violence refoulée qui émerge aujourd’hui.

Le roi a bien compris le danger, multipliant les réunions et les remontrances pour la jeunesse, la formation professionnelle, l’éducation… Las. En réponse, les politiques proposent des mesurettes aussi rutilantes qu’une Lada communiste ! Si rien n’est entrepris sur le plan social pour tous ces jeunes, et moins jeunes, l’Histoire et la grandeur passée de ce pays ne réussiront pas à contenir une laideur certaine à l’avenir.

Aziz Boucetta




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