L’ILLUSOIRE INDÉPENDANCE DES ACTEURS ÉCONOMIQUES.




L’agence de notation financière est chargée d'évaluer les risques de non-remboursement de la dette ou d'un emprunt d'un État, d'une entreprise ou d'une collectivité locale, à l’exception d'un particulier. Elle produit, à titre indicatif, des outils qui estiment les risques d’insolvabilité.  

 Trois agences seulement se partagent 95 % des demandes de notations dans le monde.

 Les seuls critères d’évaluation pris en compte sont financiers, à l’exclusion de toute appréciation environnementale ou encore de développement durable.

Ces notations, AAA, BBB, CCC, et la suite, sont importantes pour la qualité de la signature d’un état, une collectivité ou une grande entreprise. Elles sont étudiées attentivement par les marchés financiers internationaux et servent souvent à fixer le taux de l’emprunt. 

 Étant donné que les trois agences, Standard and Poor’s, Moody’s et Fitch Ratings qui contrôlent 95% du marché, sont américaines, on peut se poser la question de leur indépendance vis-à-vis de la politique de Washington. Elles se placent toujours sous la protection du premier amendement de la Constitution des Etats-Unis, ce qui les dispense de répondre aux questions trop directes.

 Le scandale d’Eron avait déjà jeté  un voile de suspicion sur l’audit comptable et financier des grosses entreprises. En 1994, face à la domination de fait de ces agences, une agence chinoise, la Dagong Global Credit Rating a été créée, mais reste à ce jour moins influente que ses concurrentes occidentales, en dépit d'une forte croissance.

La crise de 2008  ouvre une vaste polémique sur l'utilité et la pertinence des agences de notations financières. Les gouvernements et les banques centrales, qui ont massivement investi pour sauver le système en injectant des centaines de milliards de dollars de liquidités, avaient signé les accords prudentiels de Bâle II en 2004, lesquels se révèlent insuffisants. 

On constate que les agences de notation agissent la plupart du temps tardivement. Elles aggravent, par l’abaissement de la note, la détresse et le chaos. Il faut rappeler que les trois agences américaines qui dominent le marché, ne sont pas indépendantes financièrement. Leurs actionnaires majoritaires ont-ils une stratégie ? On est en droit de se poser la question.

 Les régulateurs boursiers scandinaves favorisent l’idée de  l’instauration d’au moins une agence de notation publique. Pour eux, cette solution limiterait le risque de conflit d’intérêt mais soulève certaines critiques. Elle risquerait d’introduire des disparités nationales ou régionales dans les pratiques de notation, alors que les opinions ne connaissent pas de frontières. On ne voit pas une agence nationale noter sereinement un État dont elle dépend.

 Même les agences européennes qui se sont lancées dans la notation extra-financière sont en train de passer l’une après l’autre sous la coupe de firmes américaines qui font leur emplette en Europe, à l’image de Moody’s qui vient de racheter le français Vigeo.

  L’idée de création d’une agence de notation européenne a été proposée il y a deux ans, par Jean-Claude Juncker, alors chef de file des ministres des finances de la zone euro, idée reprise en 2018 par le vice-chancelier allemand, Guilda Westerwelle.

Cela restera un vœu pieux !

 Les États, les collectivités et les grandes entreprises continueront à se soumettre au dictat américain en attendant celui chinois qui ne va pas tarder à prendre la relève.

 



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