L’arabe, langue officielle ou confidentielle ?




Parmi les sources de notre désarroi culturel et politique, la question de la langue… Au Maroc, nous avons la langue officielle, et même deux, la langue vernaculaire, multiforme, et les langues d’ouvertures, le français d’abord, l’espagnol un peu dans le nord et l’anglais qui progresse, et stresse le français. Ainsi, l’arabe classique et l’amazigh sont prévus dans la constitution, la darija est employée en priorité et en exclusivité par les populations et le français est très largement répandu dans l’administration, la finance, la sécurité, l’économie…

Un étranger qui se baladerait dans les grandes villes marocaines, et même les moyennes, aurait de la difficulté à croire que notre langue officielle est l’arabe. Dans certains quartiers de Casablanca, de Rabat, de Marrakech et d’ailleurs, les enseignes, publicités, panneaux de signalisation… sont en français… et de plus en plus d’inscriptions sont en darija, bien que cette langue soit essentiellement parlée, et bien moins écrite. Parfois, et de plus en plus, on emploie cet étrange syncrétisme qu’est l’arafrançais, ou le françarabe, « imposta7il » à imiter ou reproduire… Et enfin, n’en déplaise aux chantres de l’arabe, pourquoi s’accommodent-ils de voir et savoir que l’écrasante majorité des facultés du royaume dispensent leurs cours en français et pas en arabe ?

Certaines grandes entreprises se perdent totalement dans cette profusion de langues, comme Autoroutes du Maroc par exemple. On y trouve des inscriptions tantôt en arabe, tantôt en amazigh, souvent en français, et lorsque vous passez par un guichet « Jawaz », vous entendez la voix suave d’un type souhaitant à des usagers arabophones un gentil « bonne route »… en français ! Et vous avez aussi ces panneaux interdisant le stationnement devant les banques et frappées de la mention « réservé aux convoyeurs ». Ne parlons même pas de cette enseigne de fast-food qui vous lance invariablement d’une voix monocorde « votre commande, s’il vous plaît  », en français d’abord, en darija à la demande, jamais en arabe classique.

Récemment, des universitaires marocains recevaient des homologues chinois et les Chinois, logiques et méticuleux, ont  fait des recherches sur le Maroc et appris que l’arabe en est la langue officielle. Ils ont donc envoyé sur nos terres des universitaires arabophones… Les Marocains ont fait leur présentation en français, et se sont entendus remercier par leurs hôtes, en arabe, « pour l’excellente intervention à laquelle nous n’avons rien compris » ! Plus récemment, le ministre Moulay Hafid Elalamy recevait son homologue turque et derrière les deux responsables, un grand panneau, en turc et en… français… M. Elalamy qui avait dit, tout fraîchement nommé ministre en 2013, qu’ « [il n’avait] pas parlé arabe depuis 53 ans » ! Oh, M. Elotmani a bien essayé un jour de bonne humeur d'imposer à ses ministres l'usage de l'arabe, mais qui l'écoute, M. Elotmani ?...

Les mauvaises langues diront que la question de la langue est un instrument de pouvoir, et les langues bien pendues les soutiendront… Mais, hamdoullah, nous avons pu en 2019 décider que finalement, et après moult débats et combats, le français est une langue d’enseignement sans pour autant être une langue officielle… ni une langue bien utile dans le monde d’aujourd’hui. Les mauvais choix, au Maroc, on connaît…

Alors, les questions se posent, encore et encore… Sommes-nous vraiment Arabes et donc arabophones, ou simplement Marocains et en conséquence darijophones ? Devons-nous nous ouvrir sur le français ou l’anglais ? L’arabe sera-t-il toujours aussi officiel que circonstanciel ? Quelle sera au final la langue providentielle ? Nous pouvons nous accorder le délai du 100ème anniversaire de l’indépendance, ou même de la Marche Verte, pour décider enfin quelle sera notre langue d’ouverture, quand le mandarin sera parlé par tous et partout !

Aziz Boucetta
https://www.panorapost.com/post.php?id=24756



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