L’enseignement entre la foi, la bonne loi et le mauvais aloi




L’enseignement entre la foi, la bonne loi et le mauvais aloi

Saaïd Amzazi est un homme très occupé… ses journées sont aussi longues que son titre officiel. Il est en effet ministre de l'Éducation nationale, de la Formation professionnelle, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, et à ce titre, il est en charge de la jeunesse de ce pays. Lui, il croit à son job, et il y va… mais le problème est que la jeunesse y croit moins, et elle s’en va.
 

Si on part du principe que les grandes choses ne se font pas sans heurts, alors notre ministre fait le boulot. Depuis un an, les grèves et contestations s’accumulent : grogne des enseignants, de moins en moins contractuels mais de plus en plus virtuels… colère des étudiants en médecine, ceux du public voulant étudier en privé et ceux du privé râlant et étalant leur colère en public… Année blanche qui menace en facultés de médecine… Suspension de professeurs ayant pris fait et cause pour leur étudiants et soutien de ces professeurs par leurs pairs…

Bon, il y a quand même une bonne nouvelle, les résultats du bac… Contrairement aux années précédentes, le taux de réussite a taquiné les 65% que le taux de participation électoral n’atteindra jamais. Et pas beaucoup de triche… l’autre bonne nouvelle est que le ministre Saaïd Amzazi, un homme du secteur puisqu’il a été recteur, enchaîne les réunions et les rencontres, même s’il ne rencontre pas toujours le succès escompté.

La mauvaise nouvelle, en revanche, est cette loi sur l’enseignement, connue sous son nom de code 51-17, qui n’en finit pas de mourir dans les couloirs du parlement. Et là, M. Amzazi doit gérer la zizanie partisane au sein de sa majorité. Il ne peut bien évidemment pas compter sur l’appui de son parti le MP (Mouvement populaire, ou si l’on veut Mutisme permanent) qui, mû par un courage ahurissant et une audace inouïe, a pondu un « communiqué de soutien », dans lequel il… soutient.

Sur quoi donc bute la 51-17, qui est globalement une bonne loi ? Sur l’enseignement en français de certaines matières scientifiques en fin de secondaire. A cette simple idée, des députés PJDistes pas très modernes et à l’esprit rarement fulgurant font une crise de foi et glapissent des arguments de mauvais aloi, sur l’arabité et l’identité, sur les vestiges de la colonisation et le prestige de l’arabisation, sur tout et rien du tout... Et pourtant, comme le dit avec sagesse leur leader Mostafa Ramid, « nos enfants à nous, gradés du PJD, sont dans le privé et apprennent les langues ; pourquoi donc en priver tous les élèves marocains ? ».

Que devra alors faire M. Amzazi pour sortir « sa » loi de son tiroir-mouroir ? Rien, sinon se caler confortablement dans un fauteuil (photo) et… attendre que les PJDistes achèvent leur lutte fratricide entre Saâdeddine Elotmani et son clan, favorables au français, et Abdelilah Benkirane et son bataclan, opposés au français et à tout, sauf au retour de leur champion. Dans l’attente, le Maroc se retrouve dans la peu enviable et kafkaïenne situation de ne même pas savoir, après 60 ans d'indépendance, en quelle langue enseigner les sciences à ses enfants. Qui s’en vont…

Aziz Boucetta  



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