La journée internationale contre les violences faites aux femmes ? Laissez -moi rire !


Par Majda Elkrami



La journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes s’est achevée, il y a cinq jours de cela, dans un silence drapé d’une hypocrisie à peine dissimulée. Nous avons eu droit à ces slogans déprimants, partout, jusque dans les plus grandes bâtisses de nos villes et à ces « STOP aux violences faites aux femmes ! » … risibles.

Bah oui, les harceleurs, les conjoints violeurs, les compagnons violents, les violeurs tout court, les patrons sexistes, bref, tous nos « violenteurs » vont bien évidemment s’arrêter, changer du tout au tout, en lisant cette sommation désespérée. Je les imagine lever les yeux au ciel, voir ce stop en majuscules et se dire « Quelle merde internationale je suis ! À partir d’aujourd’hui c’est fini! J’arrête ! ». Non mais oui, notre Maroc compte changer les mentalités avec des slogans. Youpi. Les sœurs Mirabal doivent danser le Chaâbi dans leurs tombes à l’heure qu’il est. 
 
Bref. Et dans un élan de masochisme assumé, parce que oui j’aime m’infliger la douleur de la vérité amère, j’ai cherché un article de presse où notre illustre Ministre – Bassima Hakkaoui pour ne pas la nommer (encore elle, oui) – se serait exprimée à l’occasion de cette morbide journée. J’ai bien cherché, 7effit 3ini j’vous dis ! Hé bien non. Enfin si, elle a – bien évidemment - écrit un statut Facebook pour rappeler à ses abonnés que le Maroc mène sa quinzième campagne contre les violences faites aux femmes en invitant ses congénères à « dénoncer ». Point. Wa choukrane.

Merci Madame la Ministre, qu’aurions-nous fait sans vous ? Je me le demande. Mais dites-nous, si demain (ou aujourd’hui, ou à l’instant même, parce que c’est fréquent) une Marocaine se fait violer, par exemple, par son conjoint et qu’elle dénonce, qu’en tirera-t-elle ? Aucune loi ne condamne le viol conjugal, elle risquerait juste de se faire rire au nez, au mieux, ou de se faire virer à gros coups de pompes dans le postérieur.

Si maintenant une Marocaine décide de porter plainte contre un sombre enfoiré doublé de pervers qui lui a doigt* le derrière dans la rue (ou palpé ou introduit son doigt, choisissez le terme qui sied à vos oreilles, là n’est pas la question), qu’en tirera-t-elle ?

Est-elle protégée par une loi dans ce sens pour aller « dénoncer » ?

Si demain, le voisin d’une Marocaine appelle les flics pour leur demander d’intervenir parce qu’elle se fait défoncer par son compagnon, pourriez-vous informer les Marocains de ce que lesdits policiers vont répondre ?

Moi je vais vous dire ! Ils vont répondre « C’est entre le mari et sa femme, nous n’avons rien à voir là-dedans et vous non plus ».

Si, si. Combien de fois les flics m’ont envoyée bouler (pour rester polie) pendant que je leur demandais de secourir une voisine qui se faisait refaire le portrait par sa tendre moitié ! Combien de fois ils m’ont gentiment invitée à aller me faire voir ?

Combien de fois ! Et vous, vous nous demandez de dénoncer ? Vous vous foutez de nous ? Mais dénoncer sur quelle base ? Il n’y a pas de base ! Commencez par préparer le terrain et croyez-moi quand je vous dis que nous dénoncerons ! Nous dénoncerons, sans plaisir, mais nous dénoncerons, promis Madame !
 
Non mais oh! On se fout ouvertement de nos têtes ! Pour être honnête avec vous, et je prends le risque de me faire traiter de tous les noms d’oiseaux, j’attendais cette journée avec l’espoir débile que nos législateurs décident enfin de faire passer les lois condamnant justement les violences que nous subissons.

Lois qui sommeillent dans leurs tiroirs depuis belle lurette. Une sorte de « cadeau » - parce que bon, ici, quand les femmes « décrochent » un droit, c’est perçu comme une gentillesse voire une faveur exceptionnelle pour laquelle elles devraient être profondément reconnaissantes – qu’on nous offrirait dans le cadre, justement, de cette foutue journée.

Au lieu de quoi, nous avons une Ministre qui brasse de l’air, des slogans qui ne changeront pas la face du Maroc, des soupirs lassés, des rires nerveux et un bal d’hypocrites déguisés en défenseurs d’une cause dont les fondements n’existent même pas. Super.
 
Je n’aime pas le « comparationnisme » mais d’autres pays, développés certes (mais nous avons, nous aussi, un pays qui est sur la voie du développement, depuis plusieurs décennies, je le concède, mais il y est tout de même), ont annoncé de nouvelles lois, le lancement de plusieurs chantiers, mouhim galou chi 7aja, et nous, nous avons des slogans, un Hashtag et du silence.

Serait-ce un silence en hommage aux femmes décédées sous les coups de leurs conjoints ? Un silence en hommage aux femmes qui subissent dans l’indifférence générale ? Un silence en hommage au silence de ceux que nous payons avec nos impôts et qui n’en ont strictement rien à faire de nous ? Je me demande, mais si tel est le cas, alors le silence est malheureusement de rigueur.



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