Le pouvoir de la reconnaissance sociale




On est né différent. Là je ne vous apprends certainement rien de nouveau. Toutefois, on a tendance à l’oublier ; on a tendance à perdre de vue le fait que tout un chacun a ses propres aptitudes, ses propres potentialités, ses propres préférences et sa propre vision des choses. De nos jours, nos différences paraissent s’estomper pour faire face à l’émergence de l’uniformité !

En effet, toutes nos activités sont entreprises à l’image de celles des autres pour qu’elles soient validées et créditées d’une certaine valeur sociale. Nous nous alignons sur les normes sociales et les exigences du sens commun sans même nous en rendre compte. Or, la différence fait notre singularité. Faut-il encore l’oser et l’assumer…

La réflexion sur la question de la reconnaissance sociale issue de la phénoménologie hégélienne et ayant brusquement ressurgi avec la publication de plusieurs écrits marquants, notamment ceux d’Axel Honneth ou encore de George Herbert Mead, garde toujours sa pertinence.

Pour ma part, l’estime de soi est (et doit être) irréductible à l’estime sociale. Je comprends parfaitement qu’on a besoin de se sentir considéré et d’être conforté aux regards des autres. Mais il faut absolument apprendre à apprivoiser ce besoin démesuré et excessif de reconnaissance sociale, d’autant plus qu’il devient un frein à notre épanouissement et oblitère nos différences et notre singularité.

On sait tous à quel point nous dépendons « hystériquement » du regard des autres. Nos choix d’études, de vêtements, de religion, de situation familiale, de divertissement… reste fortement façonnés et conditionnés par ce fameux regard. Nous ne devenons pas ce que nous sommes sans nous détacher du regard de l’autre.

Généralement, nous préférons entretenir l’ordre normal des choses et privilégions le consensus. Mais pourquoi ne pas renoncer aux idéals d’entente et d’accord et renverser la vapeur en cédant la place aux différences et divergences de vues, au dissensus ?!

La vie s’enrichit et se nourrit des différences. L’uniformité fera de nous des êtres tous semblables les uns des autres et mettra fin à cet esprit singulier et créatif de l’être humain. Dans ce cas, croyez-moi, nous serons largement dépassés et facilement remplacés par les machines, et serons ainsi voués à l’extinction.

Certes, tout est conçu (mondialisation et menace d’homogénéisation, réseaux sociaux, système éducatif, …) d’une manière à standardiser les pensées, les goûts, les priorités et les aspirations. Cependant, prendre ceci en considération permet d’échapper, en partie, à une certaine « dictature » de la quête de visibilité et de la reconnaissance sociale.

Habiba El MazouniAnalyste et Consultante en politiques publiques. Co-fondatrice de la plateforme AnalyZ




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