Majda : SAAD LAMJARRED : VERSION ... STAR LAMBDA!


Les chroniques de Majda
Avant propos : Au vu des derniers éléments qui fleurissent dans nos médias nationaux et au vu du comportement scandaleux de certains organes de presse, ces derniers jours je prends la parole à ce sujet, plus souvent que d’habitude, afin d’apporter – à mon tout petit et riquiqui niveau – la contradiction que certains méritent amplement. Il est tout à fait hors de question de me taire et de voir la banalisation de faits abjects dans notre pays sans bouger le petit doigt, advienne que pourra.



Aujourd’hui, j’ai découvert la prochaine Une du magazine « Version Homme ». Annoncée en grandes pompes, la lecture du texte accompagnant cette Une abjecte m’a sciée :

« La méga star marocaine, Saâd Lamjarred, dont le dernier tube avoisine les 100 millions de vues, m’a rencontré à Paris, au Georges V, pour un long entretien de plusieurs heures où il a évoqué son affaire en justice, ses mois en prison, ses débuts à New York, son succès phénoménal en quelques années, sans omettre de parler des leçons qu’il a tirées de son affaire devant les juges parisiens ». Fascinant, non ? 

En très peu de lignes, ce média a starifié un chanteur accusé de viol – trois fois officiellement, je préfère le rappeler -, a plébiscité une chanson dont les paroles sont tendancieuses et insultantes envers sa deuxième plaignante (deuxième plainte après celle des Etats-Unis, pays qu’il a fui au cas où certaines mémoires se perdraient, et première en France avant celle de la franco-marocaine … vous perdez le nord dans mon énumération ?

Ne vous en inquiétez pas, au début c’est tout à fait normal mais à la longue tout ceci devient plus facile à assimiler même si difficile à encaisser), a humanisé un présumé coupable en nous apprenant qu’il nous contera ses mois passés en prison (sortez les mouchoirs), qu’il parlera de l’affaire alors qu’il me semble qu’il n’a rien d’autre à nous apprendre que ce que l’on sait déjà via ces mêmes médias étant donné que l’affaire est en cours d’instruction (à moins qu’il n’essaye de faire pleurer dans les chaumières et pour le coup, pour ma part, ça ne sera pas trop possible), qu’il nous parlera de son parcours depuis ses débuts à New York …

Alors déjà, j’aimerais m’arrêter sur ce point précis. Duquel des parcours va-t-il nous parler ? En quoi ce mec serait-il un exemple pour qu’on nous parle de son parcours ? Il a trois plaintes pour viol à son actif, si ça, c’est de l’exemple, il va falloir qu’on m’explique très sérieusement depuis quand il est normal qu’un présumé multirécidiviste vienne nous vomir son parcours.

Qu’on m’explique ! Et pour finir, et ça c’est le bouquet final, on nous dit qu’il va nous parler des leçons qu’il a tirées - tirées, au passé entendons-nous - de son affaire devant les juges parisiens. En très peu de lignes, on starifie, on victimise, on humanise, on plébiscite et on acquitte. BRAVO ! Voilà comment, en quelques lignes, on nous confirme ouvertement que la culture du viol est tout à fait « affichable » dans nos médias et sans une once de honte. 

Oh ! Après les commentaires négatifs, et j’en profite pour tirer mon chapeau à tous ceux qui prennent conscience de la gravité de la chose et qui l’expriment très bien, ce même magazine vient nous expliquer que le but de cette rencontre « est de faire leur boulot d’organe de presse et donner la parole de manière directe à un Marocain », ça faisait longtemps qu’on ne nous l’avait plus sortie celle-là, cette bonne vieille marocanité qui a bon dos « Jusqu’à preuve du contraire il n’a pas été jugé, son procès n’a pas encore eu lieu, c’est à la justice de se prononcer.

Ni vous ni personne ne peut se substituer à la justice pour prononcer un verdict avant l’heure (...) ». Eux, ils l’acquittent, le starifient, le font poser en blouson en cuir en lui tartinant la tête d’autobronzant, et ceux qui sont scandalisés – à raison – par cette Une sont juste des cons, qui jugent et qui n’ont rien compris à la vie.

Oui, pourquoi pas ! Mais que voulez-vous, le passé récent nous a bien appris qu’il est devenu aisé d’inverser les rôles.

Dans le même registre, parce qu’il faut croire que c’est l’unique actualité de notre pays, on a notre bon vieux « 360 » qui a jugé tout à fait normal de faire un sondage « Nous aimerions savoir si vous êtes de ceux qui soutiennent la présumée victime ou Saad Lamjarred ?». Édifiant !

Je préfère fermer les yeux sur l’inégalité des appellations (puisque Laura Prioul est « présumée victime » et le présumé coupable est « Saad Lamjarred ») et vous demander très sincèrement de m’expliquer si cette affaire est tellement banalisée, bien que extrêmement grave, au point de trouver tout à fait normal et acceptable d’en faire un sondage à la sauce télé-réalité ? Si vous, vous trouvez ceci normal, je vous crois sur parole et je cours consulter.

Je suis dépitée de voir la bassesse dans laquelle nous sombrons tous les jours davantage, de voir des gens crier au scandale et se faire museler à coups de censure et de leçons moralistes.

Nous sommes arrivés au point où l’argent, le clic, les insertions publicitaires ont dépassé les principes de base, la dignité, le respect et c’est tout simplement honteux. Je me désolidarise complètement et totalement de ces médias qui ne me représentent ni moi, ni mon identité, ni mes principes, ni ma marocanité sacrée que je chéris manifestement plus qu’eux tous réunis. Honteux.

Source : Les chroniques de Majda



Notez




Inscription à la newsletter

Recherche






Booking.com