Maroc : Aux grands maux, les grands remèdes …




Maroc : Aux grands maux, les grands remèdes …

Il est des moments dans l’histoire des sociétés où il se produit une conjonction d’événements qui sèment le doute, parfois aussi le chaos. C’est le cas aujourd’hui au Maroc : une ambiance délétère, pesante, morose, une situation générale branlante et brinquebalante. Les gens s’interrogent parce qu’ils se sentent figés, se ressentent statufiés, et peut-être parce qu’ils ont le sentiment, la certitude, de pouvoir faire mieux, plus… et qu’ils ne le font pas.
 

Cet été est le second, consécutif, que le Maroc entame dans une crise sociale d’ampleur. L’année dernière, c’était al Hoceima, avec ses métastases régionales rapidement résorbées, et aujourd’hui, c’est ce boycott qui semble ne pas en finir. S’il n’est plus aujourd’hui aussi agressif que dans ses premières semaines, il aura laissé des séquelles de rancœur dans tous les cœurs. Et peut redémarrer à tout instant, contre tous, tout et n’importe quoi !
 

Et voilà que, comme si nos doutes n’étaient guère suffisants, nos juges nous offrent une remise en scène de l’affaire d’al Hoceima, en condamnant lourdement les détenus de la ville, co-accusés du désormais emblématique Nasser Zefzafi. Les juges ont certes jugé selon le droit et les chefs d’inculpation retenus, qui pouvaient conduire à un verdict bien plus sévère, mais il faut le dire, le fait est que peu de gens croient à une justice équitable, et indépendante. En outre, il semblerait que l’élan d’indignation face au verdict tienne bien plus à un ras-le-bol général de la population qu’à une sympathie pour Nasser Zefzafi, qui a largement franchi la ligne de démarcation entre la liberté d’expression et la violence de la revendication.
 

Tout est en suspens. Les gens, les classes moyennes, sont dans l’attente d’on ne sait quoi, et le gouvernement, les ministres, ne disent rien ou bien n’importe quoi… Tout est en suspens et tous sont suspendus à une intervention royale, étant entendu que nous entrons dans cette phase de l’année marquée par quatre discours du roi, rapprochés et thématiques. Les uns préconisent ou prophétisent un mouvement politique, gouvernemental, ou plus, institutionnel, voire bien plus, constitutionnel, et d’autres espèrent une grâce royale en faveur des condamnés. Mais pour tous et pour toutes,  la solution et le redémarrage de ce qui peut encore repartir passeront par le chef de l’Etat, seul et ultime recours quand cela va mal. Et ça va mal.
 

Et pourtant, aussi paradoxal que cela puisse paraître, le Maroc sort d’une phase où il a eu tant de raisons d’être fier, des siens et de ce qu’il est, et peut être. Il a été admis à aller au vote du congrès de la FIFA pour l’organisation du Mondial 2026, obtenant un score pas aussi sombre que nos gens l’ont présenté ;  2,7/5, à presqu’égale distance entre la note minimale de 1,9 et celle obtenue par la triple et géante candidature nord-américaine de 4/5. Il a contraint le président des Etats-Unis à menacer le monde (et essentiellement ses « pays de merde ») s’il ne votait pas pour lui pour la coupe du monde 2026, dans une sortie très hasardeuse aux yeux d’une FIFA qui s’est montrée très conciliante avec lui…
 

L’équipe nationale de football a réussi un parcours plus qu’honorable, certes terni par son élimination qui reste douloureuse et restera dans l’Histoire, mais cette équipe s’est battue, a combattu, avant d’être finalement battue, et pas toujours dans les règles et le fair-play. Et le public, ce magnifique et somptueux public tout en couleurs et en bruit, rouge de fierté et d’excitation, a attiré vers lui tant de gens venus de tant de pays, qui le découvraient, qui nous voyaient… et qui seraient surpris de voir ce que nous sommes, entre nous, en interne.
 

Avant cela, à l’ONU, en avril,  et pour ceux qui veulent bien lire les choses, le Conseil de Sécurité s’est montré, dans sa résolution 2414, bien plus réceptif aux thèses et position du Maroc qu’à celles de l’Algérie et du Polisario.
 

Le Maroc sait faire certaines choses, et sait bien les faire. Le reste est à faire, ou refaire, ou parfaire. Mais pas dans la destruction, qui prend son point de départ dans  le moral des gens et le mental de tous, avant de glisser vers d’autres formes, périlleuses car incertaines. Entre les deux, cette contestation d’une nature nouvelle, le boycott, mobilisant infiniment plus large que celle, physique, de 2011 ; cette fois, chacun peut contester depuis chez lui et user, toujours statique mais efficace, de l’outil numérique pour déverser tous ses griefs à la face de tous, qui forment une terrible caisse de résonnance.  Le web permet une véritable mutation des hommes et de leurs formes de protestation. Il constitue l’exutoire absolu, pérenne, auquel il faut répondre, au risque de ne pas le voir s’arrêter.
 

Nous autres Marocains avons une énergie collective extraordinaire, d’essence positive mais que nous canalisons vers le négatif, vers la contestation, au risque de la destruction, dans l’auto-flagellation permanente… Il est vrai que nos dirigeants politiques, partisans, ne nous aident pas à distinguer une quelconque forme d’intelligence dans leur milieu, aussi infime soit-elle. Pourquoi alors attendre d'eux plus qu’on ne sait pouvoir obtenir ? Le même constat peut être fait pour nos entrepreneurs, pas citoyens, ou alors si peu, peu entreprenants, ou alors si mal, peu créatifs, ou alors si faiblement…
 

Il est des moments dans l’histoire des nations où les changements doivent venir du haut, quand les structures vacillent et que les institutions ne fonctionnent plus à l’optimum souhaité, quand la confiance est ébranlée et que les attentes deviennent intenables. Notre constitution atteint en effet ses limites, par défaut de volonté, par faiblesse des personnels (politiques) et notre économie devient pour sa part préoccupante.
 

Il est aujourd’hui plus que temps de penser à l’évolution de cette constitution. Il est temps d’user de l’exutoire de la grâce et de nous faire aussi la grâce d’un moratoire sur les institutions. Il faut penser à autre chose ; le Maroc n’a pas (toujours) besoin de la démocratie à l’occidentale pour avancer, mais d’efficacité, de témérité et d’audace dans les réalisations, sous la stricte supervision des institutions de contrôle, même provisoirement, même pour un temps. On dit que les peuples arabes, depuis 2011, ont besoin de politique et de politiques, car le néant est dangereux. Nous sommes aujourd’hui dans le néant, mais à cause des politiques précisément. Il faut que cela change…
 

Aux grands maux, les grands remèdes…

Par Aziz Boucetta : http://www.panorapost.com/article.php?id=17071



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