Peut-on changer d’enseignement sans changer d’enseignants ?




Peut-on changer d’enseignement sans changer d’enseignants ?

Il est fréquent que L’Etat soit mis en première ligne des coupables de l’état lamentable du système éducatif marocain. Je ne l’en dédouane pas. Cependant,  d’autres responsabilités sont à identifier aussi bien par honnêteté intellectuelle que par souci de changement. Qu’en est-il des professeurs par exemple ?
 

L’enseignant est l’acteur principal de l’acte éducatif. Il le véhicule et détermine, dans une large propension, sa qualité. Il n’est pas question ici de remettre sur la table l’engagement de cette communauté, souvent pointée du doigt pour son absentéisme, ses comportements dysfonctionnels, parfois même sa violence. La réalité est souvent plus complexe, car il est rarement souligné à quel point la démotivation et la tension  sont générales. Le  débat autour de ces questions n’est pas secondaire, mais ce n’est pas le sujet que traite ce papier. 
 

Une autre problématique est centrale : avons nous des enseignants en mesure d’améliorer notre système éducatif ? Qu’en est-il de leurs compétences ? Les prédisposent-elles à déployer des programmes et des syllabus de qualité en harmonie avec les progrès scientifiques et sociétaux que nous vivons ? 
 

Personne ne peut faire l’économie de ces questionnements avant la mise en œuvre de tout projet de réforme. Et tout le monde, oui tout le monde, en est conscient dans notre pays. Cependant, c’est rarement discuté par nos dirigeants qui admettent que les compétences des enseignants (tous cycles confondus, du primaire au supérieur) sont devenues depuis plusieurs années un sujet tabou. La population éducative ne se distinguant pas par son manque de susceptibilité, aucun politique n’a finalement le courage d’entamer ce débat. D’autant plus qu’il s’agit de l’une des dernières corporations fidèle à son statut d’électeur régulier. 

Et pourtant, nos enseignants, en plus de leurs déficits comportementaux, cognitifs et linguistiques au démarrage de leurs carrières, ne bénéficient quasiment d’aucun monitoring pédagogique digne de ce terme. Et le Ministère esquive le sujet par des réformettes sans lendemain. 

Avec le temps, les déficiences se gonflent. Par effet de l’évolution démographique, la majorité de nos enseignants aujourd’hui sont issus du système post-arabisation et post-génocide de la philosophie. La maîtrise des langues varie(chez elles et chez eux) de moyenne à faible. Certain(e)s sont même  ni-lingue, car ne maîtrisant aucune langue en particulier. Et je répète, que c’est le cas dans tous les cycles , y compris au supérieur.

La démarche scientifique et critique est rarement intériorisée par les professeurs : nombreuses sont les situations où le cours de sciences naturelles est transformé en démonstration des « miracles scientifiques du coran »; où le cours d’histoire est un réquisitoire soit chauvin, soit prosélyte; où le cours de philosophie (quand il y en a) se transforme en tribunal d’inquisition …etc.

Peut-on reconstruire avec un tel niveau insuffisant de compétences ?Concentrer l’effort sur la formation continue des professeurs semble une nécessité, certes. Mais est-ce suffisant ? 

Il me semble que des mesures plus radicales s’imposent, ne serait ce qu’à une échelle réduite (pour 10% par exemple du système éducatif public). Je sais que ce que vous allez lire risque de choquer plus d’un et que cette chronique commet un impair : mais pourrait- on imaginer le recours à des coopérants enseignants de l’Afrique Francophone (surtout au primaire) pour enseigner le français à nos enfants ? A quelques vietnamiens pour se charger laïquement des cours de sciences naturelles ? A quelques enseignants subversifs en philosophie qui nous viennent d’autres cieux… ? Peut-on sous-traiter l’enseignement de Platon, Averroes et Nietzsche aux belges et aux québécois en mode e-learning (question de garantir leur sécurité) ?

Affaire d’une vingtaine d’années, le temps de préparer une nouvelle génération de professeurs. Promis, pas plus.

Vous pensez que je rêve ? Non, je veux juste arrêter ce cauchemar.

Hassan ChraibiDocteur en Sciences de Gestion – Consultant en management. Co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA




Notez


Lu 20 fois