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LA CORTISONE ATTENTION AUX EFFETS NOCIFS !

Rédigé le Vendredi 2 Février 2018 à 11:58 | Lu 201 fois


SOMMAIRE
UN MEDICAMENT D’UNE EFFICACITE REDOUTABLE SUR LES DOULEURS
LES EFFETS SECONDAIRES DE LA CORTISONE
EDUCATION THERAPEUTIQUE : LES VOIES D’ACCOMPAGNEMENT NON MEDICAMENTEUSES
ANNEXES
LES MECANISMES D’ACTION DE LA CORTISONE
L’AUTO-DESTRUCTION DE L’ORGANISME :
LES MALADIES AUTO-IMMUNES


LA CORTISONE  INCONTOURNABLE  DEPUIS  60 ANS  DANS DE TRES  NOMBREUSES PATHOLOGIES  MAIS  SOUVENT  MAL  EMPLOYEE AU MAROC 

Hormone sécrétée par une glande située au-dessus des reins, la cortisone est aussi un médicament de synthèse très utilisé dans  de nombreuses pathologies en raison de son action anti-inflammatoire très puissante. Sa mise au point dans les années 1950 a même bouleversé le traitement de certaines d’entre-elles, et en particulier les maladies auto-immunes. Elle a par contre des effets secondaires largement sous-estimés et parfois catastrophiques, notamment au Maroc, du fait que bien des malades l’emploient sans demander des conseils. Son bon usage nécessite en effet un suivi médical. 

UN MEDICAMENT D’UNE EFFICACITE REDOUTABLE SUR L’INFLAMMATION ET LES DOULEURS

La cortisone combat l’inflammation (dénommée pour cette raison  anti-inflammatoire stéroïdien)  et a une action immunosuppressive (= supprime les réactions immunitaires  exagérées de l’organisme). Les molécules les plus utilisées sont la prednisone et la méthylprednisolone. 
Son action  empêche l’organisme de produire les substances qui causent les symptômes de l’inflammation (augmentation de la température, douleurs, rougeur, gonflement…).
Les corticoïdes sont donnés sous forme de crème dans les inflammations de la peau  et des muqueuses (eczéma, psoriasis, inflammations des yeux appelées uvéites …), de comprimés ou d’injections pour des inflammations plus larges (allergies, asthmes,  traitement complémentaire des greffes, …). 
Pour la femme enceinte lorsque l’on vise un effet sur le fœtus, on opte pour  des corticoïdes spécifiques (dexaméthasone ou bétaméthasone), pour leur bon  passage  de la barrière placentaire. 
Les corticoïdes sont  bien tolérés lors d’une prescription courte ou s’ils sont appliqués localement.
Ils ne sont prescrits sur une longue durée que dans de rares cas ou encore quand l’inflammation est chronique et généralisée, en particulier dans les maladies auto-immunes.

LES  EFFETS SECONDAIRES DE LA CORTISONE

Un médicament n’est jamais anodin  et doit être donné en fonction d’une balance bénéfice / effets nocifs nettement en faveur du premier terme.  
Quand les corticoïdes sont suivis pendant de nombreux mois voire de nombreuses années, leurs effets délétères  peuvent parfois  être graves :
1 - La cortisone déplace la graisse de l’extrémité inférieure du corps à la partie supérieure : le visage devient bouffi. Ce processus réalise dans les cas extrêmes un aspect extrêmement boursouflé appelé cushingoïde,   car il rappelle celui donné par la maladie de Cushing (hypersécrétion de cortisol par les glandes surrénales).
2 - Au niveau des reins, la cortisone retient le sodium et élimine le potassium provoquant une surcharge hydrosodée (en eau et sodium)  et donc un risque d’hypertension artérielle. Le régime sans sel prescrit avec la corticothérapie est une mesure thérapeutique essentielle, mais souvent insuffisante.
3 - Au niveau gastrique (estomac), la tolérance de la cortisone est meilleure que celle des anti-inflammatoires non stéroïdiens (indometacine, diclofénac, ketoprofene…). Des lésions ulcéreuses gastriques surviennent cependant  chez des personnes à risque.
4 - Au niveau osseux, les corticoïdes accélèrent la perte osseuse et diminuent les capacités de formation osseuse. L’ostéoporose cortisonique est la plus fréquente des complications des traitements cortisoniques au long cours. Le risque de fracture est plus élevé dans l’ostéoporose cortisonique que dans l’ostéoporose due à la ménopause chez la femme, et ce pour une même valeur de densité osseuse. Pour limiter ce phénomène, du calcium et de la vitamine D3 sont généralement prescrits. Dans des cas plus sérieux, des médicaments contre l’ostéoporose y sont ajoutés.  
5 - Au niveau des yeux, la cortisone est susceptible d’entrainer une cataracte, et même une altération de  la rétine
6 - La cortisone peut induire un diabète ou au minimum une intolérance au glucose : l’organisme réagit moins aux effets de l’insuline (le régulateur de notre quantité de sucre)  et doit redoubler d’efforts pour contrôler les taux de glucose sanguin. Les personnes intolérantes au glucose affichent des taux de glucose plus élevés que la normale mais pas suffisamment  élevés pour les considérer comme diabétiques.
7 - Des insomnies et même des troubles psychiatriques  surviennent parfois  lors d’une corticothérapie. 
Enfin, étant donné que les corticoïdes réduisent l’activité protectrice du système immunitaire,  le risque d’infection est accru. Parfois, un traitement antibiotique doit être prescrit,  Et l’on suggère aux patients de se faire vacciner, notamment contre la grippe saisonnière. 

L’arrêt des corticoïdes doit impérativement être progressif. La prise de corticoïdes de synthèse utilisés lors des traitements bloque en effet la sécrétion des corticoïdes naturels produits par les glandes surrénales. Il faut donc s’assurer que ces  glandes ont bien  pris le relais avant l’arrêt définitif des corticoïdes de synthèse.
Dans des pays comme le Maroc, ces recommandations et conseils de prudence sont encore loin d’être suivis ou connus du fait même de pratiques massives d’automédications (faute de moyens financiers) et d’un nomadisme médical qui rend difficile  un suivi adéquate du malade et de ses traitements. 
Au total, si la cortisone s’impose et est souvent efficace lors des poussées aiguës d’une maladie, elle doit autant que possible être diminuée ou arrêtée en dehors des périodes de crise. Un suivi médical doit également accompagner ce traitement.  
 
EDUCATION THERAPEUTIQUE : DES VOIES NON MEDICAMENTEUSES EN COMPLEMENT OU MÊME POUR UN ARRÊT DES CORTICOÏDES

Tout traitement ne doit pas se limiter à prescrire des molécules : les modifications du mode de vie peuvent permettre dans une certaine mesure de réduire les phénomènes inflammatoires, même si parfois les résultats sont modestes. Cela passe en particulier par :
- L’exercice physique : il diminue les effets secondaires des corticoïdes et accélère la réparation des muscles. Sont recommandés notamment, et en fonction des situations et de la pathologie, la kinésithérapie, l’ergothérapie et les activités physiques.
- La révision des habitudes alimentaires : les corticoïdes augmentent l'appétit  et,  sachant  que les malades vont manger plus en se dépensant physiquement souvent moins, la prise de poids est fréquente. Le régime méditerranéen semblerait en particulier avoir des atouts pour diminuer l’inflammation en gardant son poids. Rappelons qu’il se caractérise par une consommation prédominante d’huile d’olive, de légumes, de céréales,  de fruits ainsi que de noix, une consommation modérée de volaille et de poisson et une consommation faible de viandes rouges, de produits laitiers et de sucre. 
- La Phytothérapie : Selon la collaboration Cochrane (une organisation internationale de chercheurs indépendants), certaines huiles (d’onagre, de bourrache ou de pépins de cassis) auraient une action anti-inflammatoire réduisant la douleur.

LES MECANISMES D’ACTION DE LA CORTISONE : UNE HORMONE DE REGULATION DE  NOS ACTIVITES
 
.Les corticoïdes dont la cortisone agissent en imitant une hormone naturelle, le cortisol, produit tout au long de la journée (à raison de 5 mg par jour environ) par les glandes surrénales situées au dessus des reins. Signalons en passant que les surrénales produisent aussi une autre hormone fondamentale, l’adrénaline et qu’elles agissent sous le contrôle de l’hypophyse, une glande du cerveau. La cortisone et ses dérivés sont soit "naturels" issues à partir du cortisol, soit fabriqués de manière synthétique et transformés ensuite par le foie en cortisol.  Sous ce terme général de "cortisone", on englobe en fait 11 hormones appelées plus clairement les corticostéroïdes dérivés tous du cholestérol et dont la cortisone est le chef de file. 
 
Le cortisol  participe à l’organisation et la régulation de notre rythme biologique d'une durée de 24 heures (plus communément appelé rythme circadien) en déclenchant notamment les processus de succession des phases de sommeil et d’éveil.
 Le cortisol est également l’hormone du stress et du danger. Il est alors libéré massivement. Grâce à son action, la quantité de glucose  dans le sang s’accroît et de nombreuses fonctions biologiques sont accélérées. Certaines fonctions non prioritaires, comme la digestion, sont par contre inhibées par lui.
 
Les médicaments corticoïdes, eux, agissent au niveau du noyau des cellules. Ils favorisent la production de facteurs anti-inflammatoires et réduisent celle de substances (des enzymes) provoquant l’inflammation. Les doses de corticoïdes administrés dans un médicament représentent en général plusieurs fois le dosage journalier naturel (de 5 mg par jour). Au-delà de 20 mg par jour, les corticoïdes réduisent la réponse du corps à une agression immunologique (par une bactérie, un virus…). Ce qui n’est pas sans conséquence, car cela diminue aussi la capacité de notre organisme à lutter contre des maladies infectieuses. 
C’est cet effet par contre qui est  désiré quand nos défenses immunitaires sont trop fortes dans le cas des maladies auto-immunes. La cortisone est largement employée dans ces affections pour cette raison 
 
UNE AUTO-DESTRUCTION DE L’ORGANISME : LES MALADIES AUTO-IMMUNES
 
Lors d’une maladie auto-immune (MAI), le système immunitaire commet des erreurs et détruit certains des tissus de son organisme, les « considérant »  comme étrangers.
 
La nature des attaques auto-immunes varie énormément selon la maladie. Le système immunitaire peut attaquer par exemple : 1/ une substance spécifique, la couche protectrice (myéline) des cellules nerveuses dans le cerveau, la moelle épinière et le nerf optique dans la sclérose en plaques ; 2/ des cellules et des tissus de la peau, des articulations, du cœur et des reins dans le lupus érythémateux disséminé.
 
Il existe deux catégories de maladies auto-immunes :
 
- celles qui sont limitées à un seul organe et appelées  maladies auto-immunes « spécifiques d’organe»  (comme la maladie de Basedow qui touche la thyroïde ou le diabète de type I qui touche le pancréas) ;
- celles  au cours desquelles  plusieurs organes sont touchés successivement ou simultanément, dites alors  maladies auto-immunes « systémiques ». comme : le lupus érythémateux disséminé (atteintes préférentielles des articulations, de la peau,  des reins, du système cardiovasculaire, des globules rouges mais aussi pratiquement de n’importe quel organe) ; la polyarthrite rhumatoïde (atteinte principalement articulaire, plus rarement pulmonaire et cutanée) ; le syndrome de Gougerot-Sjögren (atteintes des glandes salivaires et lacrymales occasionnant un syndrome sec et plus rarement des articulations, de la peau et des poumons) ; la spondylarthrite ankylosante (atteinte des articulations surtout de la colonne vertébrale, atteintes  pulmonaire et neurologique possibles).
 
Parmi les Pathologies auto-immunes, un certain nombre sont des maladies rares et peu connues du grand public : le syndrome de Goodpasture, le pemphigus, l'anémie hémolytique auto-immune, le purpura thrombocytopénique auto-immun, la polymyosite et dermatomyosite, la sclérodermie, l'anémie de Biermer, la maladie de Gougerot-Sjögren, la glomérulonéphrite…
 
Ces affections souvent ne sont pas curables définitivement. Les traitements sont destinés à ralentir ou à supprimer la réponse immunitaire pathologique et s’appuient sur : les corticoïdes par voie orale ou en bolus  (injection intraveineuse d’une dose importante), les immunosuppresseurs : (cyclophosphamide, azathioprine, méthotrexate,  Mycophénolate Mofétil), les échanges plasmatiques ainsi que les immunoglobulines et enfin les biothérapies.
 
Outre un médecin généraliste, la prise en charge de ces maladies est assurée par différents spécialistes en fonction des organes touchés (rhumatologue, gastroentérologue, cardiologue…) et / ou un spécialiste en médecine interne, encore appelé « interniste », une spécialité  quelque peu méconnue en France et surtout au Maroc : il soigne notamment les patients qui présentent plusieurs organes malades, ou atteints simultanément de plusieurs maladies ; les maladies auto-immunes sont au cœur de ses compétences).

POUR EN SAVOIR PLUS SUR LA CORTISONE ET LES MALADIES AUTO-IMMUNES

 
- Modalités de prise de la cortisone et des corticoïdes – Cortisone – Info Assistance Publique Hôpitaux de Paris - 14/08/2014 (dernière mise à jour) http://www.cortisone-info.fr/Generalites/Modalites-de-prise
- Cortisone – Drug Information What Cortisone Is Used For – Chemocare
http://chemocare.com/chemotherapy/drug-info/cortisone.aspx

- Glucocorticoids: List, Uses, Side Effects, and More – Healthline 12 novembre 2016

http://www.healthline.com/health/glucocorticoids#Overview1

- Cortisone: Indications, Side Effects, Warnings – Drugs.com.  november 30, 2016

https://www.drugs.com/mtm/cortisone.html
- Dr Monassier LES ANTI-INFLAMMATOIRES STEROIDIENS Faculté de Médecine de Strasbourg, Module de Pharmacologie Générale DCEM1 2005/2006
http://udsmed.ustrasbg.fr/pharmaco/pdf/DCEM1_Pharmacologie_chapitre_23_Les_anti_inflammatoires_steroidiens.pdf
 
- Moussayer Khadija - Maladies auto-immunes : Quand le corps s’attaque à lui-même – Doctinews N° 36 Août/Septembre 2011.
http://www.doctinews.com/index.php/dossier/item/551-maladies-auto-immunes
 
- Moussayer Khadija - Biothérapies : La révolution des traitements ciblés issus du vivant – Doctinews N° 58 Septembre 2013.
http://www.doctinews.com/index.php/dossier/item/2461-bioth%C3%A9rapies
- Moussayer Khadija - Syndrome sec et Gougerot-Sjögren : Entre un mal fréquent et une maladie au coeur de l’auto-immunité – Doctinews  N° 45 Juin 2012
http://www.doctinews.com/index.php/dossier/item/560-syndrome-sec-et-gougerot-sj%C3%B6gren
 
- Moussayer Khadija - La barrière intestinale et ses pathologies : Du microbiote au leaky gut syndrome - Doctinews N° 69 Août / Septembre 2014
http://www.doctinews.com/index.php/dossier/item/3445-la-barri%C3%A8re-intestinale-et-ses-pathologies
- Moussayer Khadija مرض أو متلازمة شوغرين مرض يتميز بجفاف الفم و العيون و يصيب النساء بدرجة أول / Gougerot Sjogrën Oujdacity 29/11/2016                                                                        


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Profil
Khadija Moussayer
Khadija Moussayer
Spécialiste en Médecine interne et en gériatrie
Cabinet : 421 boulevard Abdelmoumen - Résidence Riad Abdelmoumen
Bâtiment B - bureau N° 10 - 2ème étage
Tél fixe : 05 22 86 23 63 GSM : 06 63 21 89 49
Présidente de l'association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS)



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