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LA POLYARTHRITE RHUMATOÏDE, L’ESPOIR D’UNE VIE PRESQUE NORMALE A L’AVENIR ?

Rédigé le Vendredi 2 Février 2018 à 15:34 | Lu 93 fois


SOMMAIRE
LES SYMPTOMES D’ALERTE
LA PRISE EN CHARGE
LE DIAGNOSTIC
L'EVOLUTION DE LA PATHOLOGIE
LES TRAITEMENTS
L’AMELIORATION DE LA QUALITE DE VIE
LA SITUATION AU MAROC : LA CHERTE DES TRAITEMENTS
ANNEXE SUR CERTAINES THERAPEUTIQUES
POUR EN SAVOIR PLUS


Le coût  des derniers traitements les plus efficaces est malheureusement trop élevé encore pour de nombreux marocains  
 
Le diagnostic initial comme le traitement de la polyarthrite rhumatoïde sont souvent complexes. Elle atteint surtout les femmes  et se révèle  parfois  très  invalidante en rendant pénible les gestes élémentaires de la vie quotidienne. L’amélioration de sa prise en charge a cependant réduit de moitié en 20 ans  ses conséquences douloureuses. Des thérapeutiques, récentes mais encore coûteuses, permettent d’envisager une vie quasi normale dans un avenir assez proche.  

La polyarthrite rhumatoïde (PR) est une maladie inflammatoire chronique d’origine auto-immune où le système immunitaire s’attaque principalement aux articulations. Elle concerne environ 0,5 %  des marocains. Tout le monde peut être touché mais elle est beaucoup plus fréquente chez les femmes (dans une proportion de presque 3 femmes pour seulement 1 homme). Elle survient  entre 35 et 50 ans en général.
 

I/ Les  symptômes D’ALERTE de la polyarthrite rhumatoïde

Les  premiers signes qui permettent d'évoquer la maladie se manifestent notamment par des gonflements douloureux au niveau des MAINS, poignets et genoux. La personne est également réveillée par des douleurs articulaires et ressent, le matin, un engourdissement et une raideur de ces articulations pendant un certain temps.

II/ LA PRISE EN CHARGE SPECIFIQUE

 Outre le médecin généraliste, la prise en charge du malade est assurée généralement soit par :

-  un rhumatologue (spécialiste des articulations et des os) ; 
- un spécialiste en médecine interne, encore appelé « interniste », une spécialité méconnu au Maroc : il soigne notamment les patients qui présentent plusieurs organes malades, ou atteints simultanément de plusieurs maladies ; les maladies auto-immunes sont au cœur de ses compétences) ;
- un pédiatre chez les enfants pour une forme différente, l’arthrite juvénile, susceptible d’évoluer plus tard en polyarthrite rhumatoïde.
III/ LE DIAGNOSTIC : un examen clinique, un bilan biologique et des radiographies osseuses  
Le diagnostic  se fonde sur un ensemble de preuves obtenues par :
- l’examen clinique et l’interrogatoire permettant de suspecter la maladie par la localisation des atteintes et leur caractère  chronique ;
- un bilan sanguin mettant ensuite en évidence la présence de substances  spécifiques : les anticorps anti CCP ;
- une échographie pour confirmer l’inflammation et une radiographie enfin laissant voir des érosions osseuses et un pincement des lignes articulaires.

IV/ L'évolution de la pathologie : longue, imprévisible et douloureuse

Son évolution est imprévisible. Elle se fait sur des décennies, avec des périodes de poussées (des crises douloureuses) et de rémission (au cours de laquelle les symptômes sont moins intenses et peuvent même disparaître).
En règle générale, la maladie tend à s’aggraver, à atteindre et endommager de plus en plus d’articulations qui finissent par se déformer. Les doigts dévient sur le côté et se replient sur eux-mêmes. À un stade avancé, des atteintes peuvent toucher d’autres organes tels que les poumons, les yeux et le cœur. Si elle n’est pas correctement traitée, la polyarthrite rhumatoïde peut devenir très invalidante et douloureuse.

V/ DES TRAITEMENTS DE PLUS EN PLUS PERFORMANTS

Commencé le plus tôt possible,  ils permettent de ralentir et de contrôler la progression de la maladie.
Deux types de thérapeutiques :
 - les médicaments classiques, des immunosuppresseurs (qui diminuent l’hyperactivité de notre système immunitaire) dont un des plus utilisés est le Méthotrexate ;
-  les biothérapies qui sont de nouveaux traitements ayant révolutionné la prise en charge de cette pathologie en réduisant ou même stoppant momentanément non seulement les symptômes douloureux mais aussi la destruction articulaire. Les biothérapies sont un ensemble de thérapeutiques produites à l’aide de méthodes biotechnologiques et reposant sur l’emploi d’organismes vivants (tissus, cellules, certains microbes). Elles s’opposent aux médicaments traditionnels obtenus par synthèse chimiques.  

Vi/ L’aMELIORATION DE LA  qualité de vie :   de grands espoirs au milieu des souffrances

 Une vie difficile au quotidien
La maladie  empêche les personnes qui en sont atteintes d’accomplir des gestes simples de la vie de tous les jours comme se brosser les dents, se coiffer, faire sa toilette, ouvrir une bouteille d’eau, éplucher un légume, verser du thé... Elle est aussi responsable de longs congés de maladie et même  de  l’arrêt de l’activité professionnelle.

Une invalidité réduite de moitié en 20 ans

De grands progrès ont cependant été réalisés ces dernières années pour diminuer les conséquences de l’affection. Une étude hollandaise très complète, publiée fin  2013, a bien confirmée cette évolution positive.
Elle a été effectuée sur une population de 1 151 patients entre 1990 et 2011 : des personnes âgées de 17 à 86 ans ont été évaluées au moment du diagnostic et durant trois à cinq ans. Il en est ressorti que le pourcentage des personnes atteintes d’anxiété, de dépression et de handicap physique est passé respectivement de 23%, 25% et 53%, il y a vingt ans, à 12%, 14% et 31% maintenant. Les souffrances de tous ordres des malades ont donc été réduites de moitié ces vingt dernières années. 

Ont contribué à ce phénomène, selon les chercheurs, un diagnostic plus précoce, des traitements plus agressifs employés dès le stade initial de la maladie avec notamment le développement des médicaments immunosuppresseurs et de nouveaux produits biologiques – les biothérapies – ainsi qu’un meilleur encadrement des malades faisant appel notamment aux psychothérapies, à l’incitation à un bon équilibre diététique ainsi qu’à la pratique d’activités physiques et de la kinésithérapie.

 A partir de cette étude, on peut même estimer que les personnes atteintes auront dans vingt ans une qualité de vie similaire à n’importe quel individu en bonne santé, si les avancées scientifiques continuent à progresser de la même façon.

VII/ LA SITUATION AU MAROC : un frein aux soins, le coût  des traitements

Au Maroc, les patients bénéficient aussi de l’amélioration de cette prise en charge même si ces bons résultats ne sont pas au même niveau qu’en Europe. Le seul souci, et il est de taille, réside dans l’accès pour tous à ces thérapies, auxquelles bon nombre doit encore renoncer, en partie ou en totalité, faute de moyens financiers.

Si environ 200 000 marocains sont touchés par la maladie, moins de 20% d’entre eux bénéficient réellement d’une prise en charge adaptée et efficace. La thérapie en début de maladie coûte 1 500 dirhams (environ 140 Euros) par patient et par an sous Méthotrexate (un traitement remboursé par la CNSS) alors qu’à un stade plus tardif et/ou critique, le recours à la biothérapie est bien plus cher : entre 60 000 et 250 000 dirhams (entre plus de 5 000 Euros et 23 000 Euro) par an et par patient, non remboursés par les organismes de santé. D’où l’intérêt d’un dépistage précoce qui permet de mieux contrôler la maladie.

VIII/ LA POLYARTHRITE Rhumatoïde DANS LA GALAXIE DES MALADIES AUTO-IMMUNES

Les maladies auto-immunes ou l’auto-destruction de l’organisme

Le système immunitaire a pour fonction de nous protéger  des substances étrangères (bactéries, virus, parasites, cellules tumorales, aliments, produits chimiques, etc.). Ce système se dérègle parfois et attaque nos cellules, menant à une inflammation et à une destruction de tissus. On appelle ce dysfonctionnement une réaction auto-immune.

Le système immunitaire  va fabriquer en particulier des substances chimiques appelées  « auto-anticorps »  qui vont agresser différents éléments de notre corps selon la maladie en cause (les articulations dans le cas  de la polyarthrite rhumatoïde).
Parmi ces pathologies (plus d’une centaine), les plus connues sont : la maladie de Basedow (hyperthyroïdie), la thyroïdite de Hashimoto (hypothyroïdie), le lupus, la myasthénie, la Sclérose en plaques,  le diabète de type 1, la spondylarthrite, la maladie cœliaque (intolérance au gluten), la maladie de Crohn, le psoriasis…

Et d’autres plus rares et peu connues : le syndrome de Goodpasture, le pemphigus, l'anémie hémolytique auto-immune, le purpura thrombocytopénique auto-immun, la polymyosite et dermatomyosite, la sclérodermie, l'anémie de Biermer, la maladie de Gougerot-Sjögren, la glomérulonéphrite…

CASABLANCA, le 2 février 2018
 
Dr MOUSSAYER KHADIJA 
Spécialiste en médecine interne et en Gériatrie
Présidente de l’Alliance Maladies Rares Maroc
Présidente de l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS)
Secrétaire générale de l'association des médecins internistes du grand Casablanca (AMICA).
Membre de la Société Marocaine de Médecine Interne (SMMI)

ANNEXE SUR CERTAINES THERAPEUTIQUES UTILISEES DANS LA POLYARTHRITE ET LES MALADIES AUTO-IMMUNES

Outre un éventuel traitement des symptômes, le traitement de la maladie auto-immune en général et de la polyarthrite en particulier consiste à contrôler et à diminuer les défenses immunitaires. À cet effet, on utilise des IMMUNOSUPPRESEURS dont l’emploi doit être étroitement suivi par un médecin car ces médicaments affectent en même temps la capacité de l’organisme à se défendre contre les substances étrangères, ce qui augmente le risque d’infections et de maladies.

Le METHOTREXATE, est un des principaux immunosuppresseurs employés dans la polyarthrite rhumatoïde et cours de certaines autres maladies auto-immunes. Son utilisation, par voie orale ou intramusculaire, nécessite une contraception rigoureuse qui doit être poursuivie 3 mois après l’arrêt du traitement chez les femmes et 5 mois chez les hommes. La grossesse est contre-indiquée au cours du traitement. Contre l’inflammation, on recourt parfois en plus à des corticoïdes, mais eux aussi exposent à des effets secondaires à bien maîtriser.
 
La  BIOTHERAPIE, elle, est une méthode thérapeutique issue de la biotechnologie et basée sur l'utilisation  de molécules biologiques naturelles  dérivés d'organismes vivants (levures, ferments, certains microbes) ou de substances prélevées sur des organismes vivants (hormones, extraits d'organes ou de tissus).Les biothérapies s’opposent ainsi aux chimiothérapies qui utilisent uniquement des substances synthétisées chimiquement.

La biothérapie utilisée dans les maladies auto-immunes, et donc la polyarthrite, constitue des  thérapeutiques dites « ciblées » ou immunologiques : elles vont interférer avec des fonctions précises de la réponse immunitaire en ciblant très précisément et spécifiquement une molécule ou une cellule clé intervenant dans le processus de la maladie. Ces médicaments représentent une avancée importante dans le traitement de certaines maladies auto-immunes, notamment dans les formes sévères et comptent parmi les plus  grands progrès thérapeutiques du début du XXIe siècle.

POUR EN SAVOIR PLUS
 
- Cécile L. Overman, Maud S. Jurgens, Ercolie R. Bossema, Johannes W.G. Jacobs MD PhD, Johannes W.J. Bijlsma MD, Rinie Geenen - Patients with rheumatoid arthritis nowadays are less psychologically distressed and physically disabled than patients two decades ago - DOI: 10.1002/acr.22211 - online December 3, 2013.
http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/acr.22211/pdf
 
- Moussayer Khadija - Maladies auto-immunes : Quand le corps s’attaque à lui-même – Doctinews N° 36 Août/Septembre 2011.
http://www.doctinews.com/index.php/dossier/item/551-maladies-auto-immunes
 
- Moussayer Khadija - Biothérapies : La révolution des traitements ciblés issus du vivant – Doctinews N° 58 Septembre 2013.
http://www.doctinews.com/index.php/dossier/item/2461-bioth%C3%A9rapies
 
- L’invalidité des malades réduite de moitié en vingt ans par Priscilla Maingre (avec interviews Khadija Moussayer et Fadoua Allali) - LE MATIN - 17 Décembre 2013.
 http://lematin.ma/journal/2013/polyarthrite-rhumatoide_l-invalidite-des-malades-reduite--de-moitie-en-vingt-ans/193231.html
 
- Han A, Judd M, Welch V, Wu T, Tugwell P, Wells GA -  Tai-chi pour la polyarthrite rhumatoïde - Cochrane 7 juillet 2010
http://www.cochrane.org/fr/CD004849/tai-chi-pour-la-polyarthrite-rhumatoide
 
- Cameron M, Gagnier JJ, Chrubasik – Phytothérapie contre la polyarthrite Rhumatoïde – Cochrane 16 février 2011
http://www.cochrane.org/fr/CD002948/phytotherapie-contre-la-polyarthrite-rhumatoide
 
- Rhumatismes Inflammatoires un large choix de traitements - Que Choisir Santé – avril 2014 – N° 82
 
 
 
 
 
 


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Profil
Khadija Moussayer
Khadija Moussayer
Spécialiste en Médecine interne et en gériatrie
Cabinet : 421 boulevard Abdelmoumen - Résidence Riad Abdelmoumen
Bâtiment B - bureau N° 10 - 2ème étage
Tél fixe : 05 22 86 23 63 GSM : 06 63 21 89 49
Présidente de l'association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS)



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